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MAYAS

 

 

 

 

 

 

 

Mayas

Peuple indien d'Amérique centrale parlant des langues apparentées.

INTRODUCTION
Les Mayas occupaient au début du xvie s. une aire s'étendant du nord de la péninsule du Yucatán à la côte pacifique du Guatemala, et du Tabasco (Mexique) jusqu'au sud-ouest du Honduras. Leur répartition actuelle est plus limitée : on les trouve principalement concentrés dans les hautes terres du Guatemala et du Chiapas (Mexique) et dans la partie nord du Yucatán. D'après les données actuelles de la linguistique, leur habitat n'a guère varié depuis leur occupation progressive, probablement au cours du IIe millénaire avant notre ère et du début du Ier millénaire avant notre ère, de l'aire qu'ils peuplaient encore au xvie s. C'est vers la fin du IIe millénaire avant notre ère que les Huaxtèques se seraient séparés des autres groupes pour s'établir beaucoup plus au nord-ouest, sur la côte du golfe du Mexique, et connaître une évolution culturelle tout à fait distincte de celle des Mayas proprement dits.
Les archéologues divisent l'aire maya en trois parties : le nord, correspondant à peu près à la péninsule du Yucatán ; le centre, allant de l'État du Tabasco au Honduras ; et le sud, incluant les hautes terres du Guatemala et du Chiapas ainsi que la côte pacifique du Guatemala. Un climat tropical humide à courte saison sèche règne sur le centre, domaine par excellence de la grande forêt. Sur la côte pacifique, la saison sèche est plus longue. Au Yucatán, les pluies augmentent du nord au sud, et la pointe nord-ouest de la péninsule est quasi désertique. Dans les hautes terres, divers types de climat et de végétation s'étagent selon l'altitude, depuis les zones tempérées jusqu'aux zones froides.

ÉVOLUTION CULTURELLE
On la divise en plusieurs périodes : préclassique (d'environ 1500 avant notre ère jusqu'à 250 de notre ère), classique (de 250 à 950 de notre ère), postclassique (de 950 à la conquête espagnole), coloniale et moderne.
La période préclassique est mal connue. Les premiers villages d'agriculteurs ont été datés de 1500 avant notre ère sur la côte pacifique du Guatemala (La Victoria), d'environ 800 dans les hautes terres du Guatemala (Kaminaljuyú) et la vallée de l'Usumacinta (Altar de Sacrificios et Seibal), et d'un peu avant 700 dans le nord du Yucatán (Dzibilchaltun). Le Préclassique récent voit la naissance de centres importants, avec pyramides supportant des temples, dans toute l'aire maya. Un style de sculpture originaire du site d'Izapa, sur la côte du Chiapas, se répand sur la côte pacifique du Guatemala et à Kaminaljuyú, où apparaissent les premières inscriptions annonciatrices de l'écriture hiéroglyphique de la période classique. À Tikal, dans la zone centrale, les temples sont disposés sur une acropole dont la croissance sera continue au cours du Classique, et certaines tombes utilisent déjà la voûte en encorbellement caractéristique de l'architecture de la période suivante. La poterie polychrome apparaît dans certains sites centraux (Holmul, Barton Ramie). En raison des continuités culturelles entre la fin du Préclassique et la période suivante, que son écriture permet d'identifier de façon certaine comme maya, on suppose que la plupart des sites du Préclassique récent étaient occupés par des populations de langue maya.

La période classique correspond à l'épanouissement de la civilisation maya dans la partie centrale de l'aire, et dans une moindre mesure également dans la partie nord, tandis que la partie sud connaît un développement moins important et bien différent. La civilisation classique est caractérisée par l'apparition d'inscriptions hiéroglyphiques sur des stèles sculptées en bas relief et représentant des dignitaires. Ces inscriptions comportent des textes chronologiques se référant aux cycles du calendrier maya. Les stèles sont le plus souvent placées devant des édifices à soubassement pyramidal en degrés. Ces édifices sont construits selon le principe de la voûte en encorbellement renforcée de mortier. La stèle la plus ancienne, trouvée à Tikal, porte une date maya équivalente à l'année 292 de notre ère. La civilisation classique semble être née dans les forêts du Petén et s'être étendue rapidement vers l'est et l'ouest dans la partie centrale de l'aire maya, ainsi que vers le nord au Yucatán. On divise la période classique en ancienne (250-550) et récente (550-950) ; cette division repose principalement sur des changements de style céramique.

Au cours du Classique récent, la civilisation maya s'étendait de Comalcalco au Tabasco jusqu'à Copán au Honduras, et avait gagné certaines parties des hautes terres du Chiapas (Chinkultic, Toniná). Cependant, le Yucatán connaissait des styles architecturaux particuliers (Río Bec, Chenes, Puuc), associés à une diminution du nombre des stèles et à une simplification des inscriptions. Dans la plus grande partie des hautes terres et de la côte pacifique, les cultures demeurent marginales, sans inscriptions ni architecture à voûte. De fortes influences originaires du Mexique se manifestent : occupation de Kaminaljuyú par une colonie issue de Teotihuacán, la grande métropole du Mexique central (de 400 à 600), et développement dans la région de Cotzumalhuapa, sur la côte pacifique du Guatemala, d'une civilisation fortement influencée par le Mexique méridional (de 400 à 900). L'installation de populations en provenance du Mexique dans ces régions semble déterminée par le désir de s'emparer du contrôle du commerce à longue distance du cacao, produit en grande quantité sur la côte pacifique.
À la fin du Classique récent, la civilisation maya de la zone centrale entre en décadence rapide. Les différents centres cessent d'ériger des stèles à inscriptions, certains dès 800, et sont tous abandonnés avant 1000, en même temps que l'on note une diminution considérable de la population rurale. On tend à attribuer l'origine de cette catastrophe à une pluralité de causes : trop forte densité de population aboutissant à un épuisement des sols tropicaux fragiles, troubles sociaux et rivalités entre les cités, incursions de guerriers venus du Tabasco et de culture plus mexicaine que maya. Entre 900 et 1000, ces envahisseurs s'installent pour un temps à Altar de Sacrificios, situé au confluent des rivières navigables les plus importantes de la zone centrale. Au même moment, des guerriers d'origine toltèque s'emparent de Chichén Itzá, au Yucatán, où l'on voit également disparaître la civilisation classique de la région Puuc. Dans les hautes terres, certains centres sont abandonnés, sans doute en raison de leurs liens étroits avec la civilisation classique, tandis que d'autres continuent d'être habités, tel Zaculeu, capitale des Indiens Mam du Guatemala.
La période postclassique a été subdivisée en ancienne (de 950 à 1250) et récente (de 1250 à la conquête espagnole). Le Postclassique ancien est au Yucatán la période d'hégémonie totale de Chichén Itzá, où le culte de Quetzalcóatl, le serpent à plumes, héros légendaire de Tula et divinité puissante au Mexique central, accompagne celui du dieu de la Pluie des Mayas. Puis Chichén Itzá est remplacé par Mayapán au début du Postclassique récent, souvent désigné comme période décadente en raison de la dégénérescence générale des arts. Mayapán tombe à son tour, victime des rivalités des lignages nobles, et les Espagnols ne rencontreront que des petits États rivaux, qui seront pourtant de taille à leur opposer une résistance acharnée. Dans la partie centrale de l'aire maya, deux régions, la côte du Tabasco et la côte de l'actuel Honduras britannique, sont très actives durant cette période et se livrent au commerce à longue distance du cacao. Entre les deux, au long de la route que suivra Cortés pour se rendre au Honduras, on ne trouve que des villages fortifiés ou construits sur les îlots des lacs, à l'exception d'un seul centre important, celui des Itzá à Tayasal, sur le bord du lac Petén Itzá, qui résistera aux Espagnols jusqu'en 1697. Dans les hautes terres, le Chiapas ne connaît que des petits centres indépendants, mais au Guatemala, au cours du Postclassique récent, des dynasties se réclamant d'une origine toltèque fondent des États conquérants : celui des Quichés (capitale Utatlán) et celui des Cakchiquels (capitale Iximché). Les guerres sont incessantes, et la plupart des centres sont construits en position défensive sur des collines ou des promontoires.
Après la conquête espagnole, la partie centrale de l'aire maya devient le refuge des fuyards, dont certains, originaires du Yucatán, sont probablement les ancêtres des Lacandons d'aujourd'hui. Le Yucatán et les hautes terres voient leur population indigène concentrée en villages d'évangélisation et victime de terribles épidémies, qui auraient au cours du xvie s. fait périr jusqu'à 90 % des habitants et causé le dépeuplement total de la côte pacifique. Une nouvelle culture se crée, faite d'éléments indigènes et espagnols mêlés et modifiés, et qui persiste encore de nos jours dans les villages les plus difficiles d'accès des montagnes du Chiapas et du Guatemala. La résistance à la colonisation et à l'oppression des nouveaux États nés de l'indépendance a été marquée par des soulèvements indigènes (rébellions du Chiapas en 1712 et en 1869-1870, « guerre des castes » au Yucatán de 1847 à 1855). La forme de résistance la plus courante se manifeste par le caractère volontairement fermé et conservateur des communautés mayas. L'accroissement démographique commencé à la fin du xviiie s. a permis à la population indigène de rattraper et probablement de dépasser les densités préhispaniques, tandis que l'accélération des activités économiques modifie de plus en plus la culture traditionnelle héritée de la période coloniale.

LA CIVILISATION CLASSIQUE

Les cités mayas sont essentiellement composées de temples et de palais disposés autour de places, constituant fréquemment des groupes distincts reliés par des chaussées surélevées. La plupart des cités possèdent également un ou plusieurs terrains de jeu de balle, qui se présentent sous la forme d'une allée comprise entre deux plates-formes allongées. Les pièces des temples et des palais sont étroites et sans fenêtres, en raison de la masse des murs soutenant la voûte. Les édifices sont placés sur des soubassements pyramidaux, plus hauts pour les temples que pour les palais, et sont pourvus d'escaliers d'accès. Autour des groupes principaux, on rencontre de nombreuses plates-formes d'habitation, en disposition très desserrée ; les cités mayas n'ont rien d'une ville à constructions contiguës, à la manière européenne. La plus grande cité maya connue est Tikal, délimitée et protégée par des fossés et des étangs. On estime à 50 000 habitants sa population au cours du Classique récent. Outre les grandes cités, on trouve un réseau de centres secondaires et un semis général de hameaux à maisons plus ou moins dispersées.
La construction de ces agglomérations suppose l'existence d'une organisation sociale hiérarchisée et complexe. Et cependant, la base économique de cette société semble avoir été une agriculture à techniques élémentaires : outillage de pierre et de bois, culture sur brûlis avec jachère longue, production alimentaire reposant essentiellement sur le maïs, pas d'animaux domestiques à part le dindon et le chien.
L'architecture utilise une maçonnerie de pierre taillée jointe au mortier. Les façades sont simples, soulignées de moulures horizontales. Elles étaient fréquemment décorées de bas-reliefs en stuc modelé, assez bien conservés à Palenque ; ils étaient généralement peints. Le décor de la façade était prolongé par celui des hauts blocs de maçonnerie placés sur le toit. La sculpture maya est surtout renommée pour ses stèles, autels et linteaux. Les stèles, accompagnées d'autels, sont en général disposées devant les temples. Elles figurent le plus souvent des dignitaires à parure complexe, portant un sceptre ou une barre cérémonielle. Les linteaux peuvent être en pierre, ou en bois comme à Tikal. La sculpture maya est généralement exécutée en bas relief, mais elle peut être en ronde bosse quand le matériau le permet (à Copán, Quiriguá et Toniná). Les fresques décorant les pièces sont rarement conservées ; les plus célèbres que l'on connaisse sont celles de Bonampak. Les arts mineurs sont très brillants : parures de jade gravé, objets en os et coquille, figurines moulées et modelées (dont celles du célèbre style de Jaina) et céramique figurative polychrome se développent au Classique récent.
L'écriture maya est la plus élaborée de l'Amérique ancienne. Elle utilise à la fois des idéogrammes, souvent lus en forme de rébus, et des phonogrammes. Seuls les textes chronologiques et astronomiques ont pu jusqu'à présent être presque entièrement déchiffrés. On a établi l'existence d'inscriptions dynastiques sur les stèles de plusieurs sites. Les calculs sont effectués grâce à une arithmétique de système vigésimal utilisant une numération de position qui implique l'usage du zéro. Le calendrier, extrêmement complexe, repose sur la combinaison d'un cycle solaire annuel de 365 jours, divisé en 18 mois de 20 jours avec 5 jours additionnels, et d'un cycle cérémoniel de 260 jours, reposant lui-même sur deux cycles de 13 chiffres et 20 jours. Chaque date est exprimée dans les deux calendriers ; la même combinaison de date ne peut se reproduire que tous les 52 ans. La date d'origine du calendrier, base de tous les calculs, correspond à l'année 3113 avant notre ère selon la corrélation de J. E. S. Thompson entre calendriers maya et grégorien. L'astronomie maya avait atteint un grand degré de précision, permettant l'élaboration de tables de prévision des éclipses solaires et le calcul de la révolution synodique de la planète Vénus. Les connaissances astronomiques étaient utilisées pour des prédictions astrologiques concernant l'influence des divinités et des cycles chronologiques qui leur étaient attribués. Les principaux dieux représentés dans l'iconographie classique sont le dieu serpentiforme au long nez (qui est probablement le dieu de la Pluie Chac), le dieu solaire, qui se transforme chaque nuit en jaguar du monde inférieur, le dieu du Maïs, le dieu de la Mort, et un dragon souvent bicéphale que l'on suppose être le monstre de la terre. On note également des représentations du dieu de la Pluie mexicain, Tlaloc. Les motifs serpentiformes dominent l'iconographie.
À la fin de la période classique, le Yucatán voit se développer des variantes de cette civilisation, avec une architecture distincte décorée de mosaïques de pierre à motifs géométriques et à masques de dieu au long nez.

LES CIVILISATIONS POSTCLASSIQUES

Après l'abandon des cités classiques, Chichén Itzá, au Yucatán, devient le seul centre important. Fondée à la fin du Classique récent, la cité compte des édifices de style Puuc. Tombée sous la domination des Toltèques à la fin du xe s., elle connaît un grand développement architectural qui mêle traditions mayas (pièces voûtées, masques de Chac…) et innovations imitées de l'architecture de Tula (colonnades, grand terrain de jeu de balle, représentations de Quetzalcóatl et d'une divinité appelée Chac-Mool…). Certaines des représentations d'origine toltèque indiquent la prépondérance de mœurs et institutions provenant du Mexique central : aigles et jaguars dévorant des cœurs, symbolisant probablement les ordres militaires ayant ces animaux pour emblème ; processions de guerriers armés de traits lancés à l'aide de propulseurs ; plates-formes qui supportent des râteliers recevant les crânes provenant des sacrifices humains.
Toute construction fut abandonnée sur le site de Chichén Itzá à une date que l'on situe entre 1204 et 1224, sans doute à la suite des attaques de la tribu Itzá, qui s'y installa (d'où le nom du site, qui signifie « puits des Itzá ») pour un temps assez bref. Un lignage Itzá fonda ensuite une nouvelle capitale à Mayapán, avec l'aide de mercenaires mexicains qui introduisirent au Yucatán l'arc et la flèche. Les chefs des autres cités furent astreints à résider à Mayapán. La ville est entourée d'un mur défensif, et son habitat peut être considéré comme concentré, bien que les maisons ne soient pas contiguës. Au centre sont les temples principaux et les édifices à colonnades, qui devaient servir de bâtiments administratifs, de magasins royaux, d'écoles… Puis on trouve les maisons des nobles, et à la périphérie les habitations des gens du commun. Tous les arts et techniques connaissent une décadence marquée. Certains temples sont des copies de ceux de Chichén Itzá, mais avec une maçonnerie grossière dont les défauts sont masqués par un revêtement de stuc. Les influences mexicaines sont toujours fortes, et sur les encensoirs anthropomorphes caractéristiques de Mayapán sont représentés soit des divinités mayas, soit des dieux du Mexique central. Parallèlement, on observe une renaissance de certaines traditions mayas, telle l'érection de stèles à inscriptions hiéroglyphiques. Mayapán fut abandonné à la suite de révoltes vers 1450. On connaît peu les cités de la période qui précéda immédiatement la conquête, à l'exception de Tulum sur la côte est. Là encore l'influence mexicaine est forte, en particulier dans le style des fresques de l'un des temples.

C'est de la période postclassique du Yucatán que datent les trois codices mayas connus : le Codex Dresdensis, qui est une copie d'un manuscrit de la période classique et comporte une large partie consacrée à l'astronomie, le Tro-Cortesianus de Madrid et le Peresianus de Paris, qui ont trait principalement à la divination. On dispose en outre pour cette période de textes espagnols (Relation des choses de Yucatán, de Diego de Landa [vers 1524-1579]) ou indigènes (Chilam Balam), rédigés à l'époque coloniale.
Les hautes terres du Guatemala ne manifestent guère d'activité artistique digne d'être mentionnée, mais au début de la période coloniale y ont été rédigés des documents extrêmement importants pour la connaissance de la civilisation protohistorique de ces régions : le Popol-Vuh, qui comprend une partie mythologique et une partie historique, et diverses chroniques dont les Annales des Cakchiquels.

 

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New York

 

 

 

 

 

 

 

New York

Ville des États-Unis, dans l'État de New York, sur l'océan Atlantique, à l'embouchure de l'Hudson.
*         Nom des habitants : New-Yorkais
*         Population pour l'agglomération : 18 604 000 hab. (estimation pour 2016)
*
La ville a été fondée à la pointe sud de l'île de Manhattan, où s'étend le quartier des affaires (Wall Street). Elle s'est développée au XIXe siècle au Nord (Bronx, au-delà du quartier noir de Harlem), débordant sur le New Jersey au-delà de l'Hudson et sur les îles voisines : Long Island (quartiers de Brooklyn et de Queens, au-delà de l'East River) et Staten Island (Richmond). New York est un très grand port, un nœud aérien et ferroviaire, un centre industriel et surtout tertiaire (commerces, administrations, tourisme).
Cité cosmopolite, New York constitue l'une des grandes métropoles du monde par son poids démographique, le volume et la variété de sa production industrielle, surtout peut-être par sa puissance financière (dont Wall Street est un symbole) et son rayonnement culturel. La ville est le siège de l'Organisation des Nations unies (ONU) depuis 1946.
GÉOGRAPHIE

Le site de New York comprend l'île de Manhattan (lieu du premier établissement hollandais au xviie siècle), la partie ouest de Long Island (Brooklyn et Queens), l'isthme entre l'Hudson et l'East River (Bronx) et Richmond (Staten Island). Au-delà de ces cinq « boroughs », l'agglomération s'est étendue dans l'État voisin du New Jersey, dans le centre de Long Island, sur la rive nord du détroit de Long Island et le long de l'Hudson vers l'amont.
La fonction portuaire et l'importance du nœud ferroviaire, à la base de la croissance de l'agglomération, demeurent. La ville est également un centre autoroutier, et trois aéroports (J. F. Kennedy, Newark, La Guardia) accueillent des dizaines de millions de passagers. Parmi les branches industrielles émergent les constructions électriques, la chimie, l'édition et toujours la confection. Mais le tertiaire assure la majeure partie des emplois : commerce (de transit, de gros et de détail), administration (institutions nationales et internationales [siège de l'Organisation des Nations unies (ONU)]), enseignement et activités culturelles et aussi touristiques, la ville demeure, et de loin, la première place financière du monde. Ce poids n'est pas sans contrepartie : difficultés de circulation, d'alimentation en eau, problèmes de pollution, délinquance et tensions sociales et raciales liées au chômage, à la constitution de ghettos ethniques (Noirs, Portoricains).

1. LE SITE PORTUAIRE

Le site portuaire est un des éléments fondamentaux de la localisation et du développement de New York. C’est celui d’une baie abritée (Upper New York Bay), séparée du large par un détroit (The Narrows) et une rade extérieure (Lower New York Bay), elle-même protégée par la pointe de Rockaway et la flèche de Sandy Hook. L’amplitude de la marée y est faible (1,5 m), et les profondeurs suffisantes, du moins au centre, pour les bateaux ne tirant pas plus de 15 m. Le port primitif s’est établi en amont de l’Upper Bay, près des eaux profondes de l’East River (désavantagée cependant par de forts courants de marée) et surtout de l’Hudson : de la Batterie (The Battery) à la 72e rue, la rive du fleuve est restée jusqu’à nos jours une des principales zones portuaires.
À mesure que s’étendait l’agglomération urbaine et que s’accroissait le trafic maritime, d’autres espaces d’eau se sont successivement intégrés au site. Au xixe siècle, les hauts-fonds de l’Upper Bay à l’est (Brooklyn) et à l’ouest (Jersey City, Bayonne) ont été soit dragués, soit remblayés et aménagés en quais et zones d’entrepôts, tandis que sur la rive new-jersaise de l’Hudson la profondeur du fleuve, associée à un terre-plein naturel au pied des Palisades, créait un site favorable à l’installation de piers et de terminaux ferroviaires. Avec l’expansion des industries pétrolières et chimiques, le port a annexé la baie de Newark et le Kill Van Kull, aux eaux suffisamment profondes, puis l’Arthur Kill, qu’il faut constamment draguer. Par suite des progrès des transports par conteneurs et de l’encombrement de certains secteurs portuaires, de nouveaux éléments potentiels du site entrent en jeu : rive ouest de la baie de Newark (espaces aménageables par remblaiement), façade de Staten Island sur les Narrows (eaux profondes de 20 à 30 m), East River entre Queens et Bronx (terrains disponibles sur les rives).

2. LE SITE URBAIN
Aux nappes d’eau qui forment le site portuaire sont associés des espaces terrestres, trois éléments morphologiques qui constituent le site urbain :
– l’île de Manhattan, cœur de New York, fait partie du massif précambrien de gneiss et micaschistes bordé par le fleuve Hudson et le détroit de Long Island ;
– Long Island (occupée à l’ouest par Brooklyn et Queens et progressivement incorporée à l’aire urbanisée dont le front progresse vers l’est) et le New Jersey au sud de la baie de la Raritan (banlieue lointaine et frontière industrielle de New York) appartiennent à la Plaine côtière, le détroit de Long Island formant la dépression périphérique ennoyée entre un massif ancien et un bassin sédimentaire ;
– le bassin triasique de Newark, qui constitue une zone basse excavée dans les grès et schistes marneux tendres entre le socle précambrien à l’ouest et la Plaine côtière New Jersey-Long Island à l’est. Le trias contient cependant un filon-couche épais de diabase (300 m) qui forme une falaise (les Palisades) dominant l’Hudson et, localement, l’étroite plaine alluviale mentionnée plus haut (routes et voies ferrées doivent franchir la falaise, qui s’abaisse d’ailleurs vers le sud, par des rampes ou des tunnels). À l’exclusion de la baie de Newark, partiellement surcreusée par les glaciers, la zone basse triasique est occupée par des chenaux peu profonds (Arthur Kill), des rivières au cours paresseux (Passaic, Hackensack) et des marécages qui, après remblaiement, sont le site d’aéroports, de zones industrielles, d’entrepôts à conteneurs.
Aussi importante que le site portuaire et urbain est la situation de New York à l’embouchure de l’Hudson, que les navires de mer peuvent remonter jusqu’à Albany ; de là, suivant son affluent, la Mohawk, en amont de chutes que peut doubler un portage, on atteint les plaines bordant l’Érié et l’Ontario. New York est la seule ville de la côte atlantique bénéficiant d’une telle percée vers l’intérieur. Cet avantage potentiel ne fut exploité qu’après l’élimination de la puissance iroquoise et l’ouverture du canal de l’Érié en 1825 et plus encore avec la construction des voies ferrées. Cette situation est le principal facteur de l’expansion remarquable de New York. Autre avantage, la position centrale de la ville entre les États atlantiques l’aida à s’attribuer une part croissante du commerce transatlantique.

3. LA SITUATION DE NEW YORK AUJOURD'HUI
Aujourd’hui, la situation de New York paraît excentrique par rapport au centre de population et au centre de gravité économique, localisés à l’ouest des Appalaches. Cependant, outre l’effet d’inertie, le poids des avantages acquis, New York bénéficie de sa proximité relative de l’Europe et des rapports étroits qu’elle entretient avec elle. Au temps de la grande immigration, le premier contact des Européens avec le Nouveau Monde se faisait par New York, où un grand nombre d’entre eux se fixèrent, apportant leur travail ou leur savoir. Par suite de l’expansion économique de l’Europe occidentale, les relations anciennes tissées avec celle-ci profitent à New York plus qu’à aucune autre ville américaine : une grande partie des exportations et surtout des importations américaines passe par New York.

4. QUARTIERS ET BANLIEUES DE NEW YORK

4.1. MANHATTAN
À l’intérieur d’une agglomération aux aspects fort variés, Manhattan présente le spectacle de la plus grande diversité. Au nord de la 14e rue domine un plan rectangulaire d’avenues orientées N.-N.-E. - S.-S.-O. et de rues orientées O.-N.-O. - E.-S.-E., la 5e avenue séparant les rues ouest et les rues est. Seul le Broadway, ancien chemin indien, coupe indifféremment rues et avenues de l’extrême sud à l’extrême nord. Au sud de Canal Street, le plan de la vieille ville est très irrégulier. Les gratte-ciel font partie du paysage new-yorkais ; la plupart sont situés soit entre les 33e et 53e rues, à proximité de la 5e avenue, par exemple ceux du Rockefeller Center et l’Empire State Building (382 m), soit à l’extrême sud, où se trouvaient les deux tours du World Trade Center (412 m). Ailleurs dominent les immeubles collectifs de taille et d’âge variables : maisons de brique du xixe siècle, à escalier métallique extérieur, hautes de trois ou quatre étages, comme on en voit encore beaucoup ici et là dans un état fort délabré ; grandes bâtisses du début du xxe siècle, à quatre ou cinq étages, abritant ateliers, entrepôts ou magasins ; blocs locatifs construits entre les deux guerres près de l’East River et au nord de la 86e rue.
On peut diviser Manhattan en trois parties séparées par les 14e et 59e rues. L’extrême sud de l’île, Downtown, renferme le Financial District (Wall Street, Chase Manhattan Bank Building), qui a annexé le Lower Broadway et s’étend maintenant jusqu’à West Houston Street, et le Civic Center (hôtel de ville, police, tribunaux). Ce dernier confine à trois quartiers pittoresques : Chinatown, Little Italy et le Bowery. Entre ces derniers et les blocs des grands lotissements bordant l’East River (Government Smith Houses, Baruch Houses), le Lower East Side, héritier de l’ancien quartier juif, plus ou moins transformé en taudis, abrite encore quelques Juifs et des Portoricains. Plus au nord se trouve Greenwich Village, sorte de Saint-Germain-des-Prés, où habitent des artistes et où se maintient une des colonies italiennes de la ville. Washington Square est un quartier de résidences aisées et de bâtiments universitaires (université de New York).

MIDTOWN

Midtown est le quartier de prestige de Manhattan avec ses gratte-ciel anciens (Empire State Building, Chrysler Building) ou nouveaux (Park Avenue), ses grands magasins, ses boutiques de luxe, ses théâtres, le siège de l’Organisation des Nations unies (ONU), la cathédrale Saint Patrick. Broadway, les 34e et 42e rues, la 5e avenue, les avenues Park, Madison, des Amériques, Times Square sont les lieux les plus animés ou les plus élégants. Ici et là subsistent des ateliers de confection (Garment Center entre les 34e et 42e rues).

UPTOWN
Uptown commence à la 59e rue, comme Central Park, qui se poursuit, jusqu’à la 110e rue, entre les 5e et 8e avenues, séparant ainsi un West Side et un East Side. Dans le West Side, près de Broadway, le Lincoln Center rassemble tout ce qui concerne les arts (Philharmonie, Metropolitan Opera) ; plus au nord se situent des quartiers d’habitation en blocs collectifs, l’université Columbia, puis Washington Heights avec ses résidences luxueuses. Au-delà de l’avenue des millionnaires (la 5e avenue en bordure de Central Park jusqu’à la 81e rue), l’East Side garde la trace d’anciens quartiers ethniques (allemand, mais rapidement assimilé à Yorkville, hongrois vers la 95e rue, italien vers la 102e) et en abrite de nouveaux (noir à Harlem entre la 110e rue et la rivière d’Harlem, portoricain à East Harlem). Manhattan, qui a compté plus de 2 millions d’habitants en 1910 (soit 39 000 hab. au km2), n’en a plus qu’un million et demi.

4.2. BROOKLYN
Brooklyn (2 504 000 hab.) est également en régression. Il est caractérisé par une grande diversité ethnique et sociale et une immensité qui, associée à son plan régulier (deux types de damiers), le rend inhumain. Une partie des Brooklyn Heights a gardé son cachet vieillot et bourgeois, mais elle est cernée par des secteurs en voie de transformation en taudis (South Brooklyn, Green Point, Williamsburg) et les installations de l’US Navy. Il y a des quartiers bien entretenus, comme Bay Ridge, occupé par des Scandinaves, des quartiers juifs, italiens, slaves, parfois dégradés, et aussi un vaste ghetto noir de plus de 200 000 habitants qui s’étend en tache d’huile entre Prospect Park et Queens.

4.3. QUEENS
Le Queens (2 230 000 hab.) est un borough peuplé plus récemment, plus aéré et qui poursuit sa croissance. À côté de secteurs pauvres et de quartiers riches, peu étendus, le Queens, quoique formant un borough de New York, se présente plutôt comme une banlieue de classe moyenne, avec ses maisons groupées en secteurs socialement homogènes.

4.4. LE BRONX
Au contraire, le Bronx (1 385 000 hab.) est très diversifié socialement ; il comprend des quartiers riches au bord de l’Hudson, des quartiers anciennement blancs au centre, abandonnés aux Noirs et aux Portoricains, et un nouveau quartier de classes moyennes entre Bronx Park et Pelham Bay Park. C’est un borough principalement résidentiel.

4.5. LES BANLIEUES
Les banlieues prolongent New York dans toutes les directions et de plus en plus loin. Vers le nord, elles atteignent Tarrytown sur l’Hudson, Stamford et Norwalk au Connecticut. Elles se développent surtout dans Long Island, à l’est de Queens, dans le comté de Nassau et dans celui de Suffolk, où le taux de croissance est le plus élevé. Aux portes de New York, accessible de Manhattan et de Brooklyn depuis 1964 (pont Verrazano), Staten Island s’ouvre à la suburbanisation avec le borough de Richmond. Dans le New Jersey, les anciennes banlieues, Jersey City, Hoboken, Newark, et les zones industrielles anciennes, comme Paterson, sont devenues des centres urbains à fonctions diversifiées ; n’y résident guère que des ouvriers, surtout des Américains venus d'Italie et, dans une proportion croissante, des Noirs. La nouvelle frontière du peuplement atteint le nord des comtés de Passaic et de Bergen ainsi que les comtés de Morris, de Somerset et de Middlesex, et elle se trouve ainsi en bien des points plus proche de la Pennsylvanie que de la baie de Newark.

L'HISTOIRE DE NEW YORK ET LE DÉVELOPPEMENT DE L'AGGLOMÉRATION
Un navigateur italien au service du roi de France, Giovanni da Verrazzano (ou Verrazano), découvre la baie en 1524. Mais ce sont les Hollandais qui, en 1626, achètent aux Indiens pour 24 dollars l'île de Manhattan et y construisent une bourgade, La Nouvelle-Amsterdam (en néerlandais Nieuw-Amsterdam). Elle compte vers 1660 un millier d'habitants qui lui donnent un caractère cosmopolite. En 1664, elle tombe aux mains des Anglais, qui, en l'honneur du frère de Charles II, la baptisent New York.
Sans être spectaculaires, les progrès de la cité sont constants. La nature avantage le port, par lequel sont expédiés vers l'Angleterre du blé, des fourrures, des porcs et des bœufs, et reçus les sucres et mélasses des Antilles. Mais la pauvreté de la région intérieure et la proximité de la barrière indienne limitent, tout au long de la période coloniale, l'essor de New York. À la veille de la Révolution, la ville abrite 25 000 habitants ; elle dépasse nettement Boston, mais se situe derrière Philadelphie, qui joue le rôle de centre économique, politique et intellectuel des colonies, puis de la jeune République.
Les New-yorkais n'ont été que modérément partisans de la rupture avec la Grande-Bretagne, par loyalisme et par intérêt. Mais l'indépendance, qui fait de la ville la capitale provisoire des jeunes États-Unis, marque le début de leur fortune, et celle-ci ne cesse de s'accroître grâce aux activités du port. Les commerçants de New York achètent les produits textiles anglais et transportent en Europe le coton du Sud. Des lignes régulières (les packets) assurent ce trafic sans interruption et ajoutent à leurs activités commerciales le transport des passagers.
En 1825, l'ouverture du canal de l'Érié, exploitant la Water Level Route de l'Hudson-Mohawk, fait de New York le centre d'exportation des blés du Middle West. Les relations du port avec le reste du pays se développent : des caboteurs distribuent dans le Sud les produits manufacturés venus d'Europe et reviennent chargés de coton ; des péniches assurent la liaison avec les Grands Lacs et le bassin du Mississippi. À partir de 1850, les chemins de fer confèrent à New York un atout de plus. Les capitaux qui proviennent du commerce extérieur sont investis dans le commerce de gros et de détail, dans les assurances, dans l'industrie (confection, fonderie, métallurgie, chaussures, ameublement, raffinage du sucre, brasseries). Les banques de Wall Street l'emportent bientôt sur celles de Philadelphie. En 1817, le Stock Exchange s'ouvre ; en l'espace d'une vingtaine d'années, il accapare la plus grande partie du marché national des titres. Les voiliers rapides qui battent les records de vitesse sur l'Atlantique franchissent aussi le cap Horn pour atteindre la Californie et l'Extrême-Orient.
En 1860, les constructions s'étendent dans Manhattan jusqu'à la limite sud de Central Park. La population continue d'être cosmopolite ; des immigrants de toutes origines, en particulier des Allemands et des Irlandais, transitent par la ville ou s'y installent dans les quartiers nationaux, où ils ont leurs écoles, leurs magasins, leurs églises, leurs organisations politiques. Plus de 33 000 personnes vivent dans l'île en 1790, 515 394 en 1850, 830 000 en 1860, et l'agglomération passe de 336 000 habitants en 1820 à 1 627 000 en 1860. De l'autre côté de l'East River, Brooklyn forme une commune indépendante qui compte près de 300 000 habitants à la veille de la guerre civile. Dans l'ensemble de l'agglomération, les Noirs constituent une très petite minorité, à peine 2 % du total.

De 1860 à la fin du siècle, une croissance extraordinaire se manifeste dans tous les domaines. des industries apparaissent ou se développent. C'est le cas de la confection (organisée vers le milieu du siècle, mais appelée à devenir la principale industrie new-yorkaise avec l'arrivée massive des Juifs, surtout à partir de 1880) et celui des industries de biens de consommation comme l'ameublement et la fabrication d'articles en cuir (chaussures entre autres). La métallurgie secondaire et la construction mécanique prennent une grande importance (tréfilerie, quincaillerie, machines à vapeur, machines pour l'industrie de la confection et de la chaussure, ces dernières concurrençant celles de Nouvelle-Angleterre). Le trafic du port est en progrès constants ; New York importe des vivres et des matières premières ; les exportations, limitées à cette époque par la demande intérieure, comprennent quelques articles manufacturés et les denrées agricoles d'un arrière-pays étendu à la région des Grands Lacs. La place manquant à Manhattan pour la manutention des marchandises, les aménagements portuaires gagnent Brooklyn et la rive new-jersaise de l'Hudson, reliée par « ferries » à Manhattan. L'extension du réseau ferroviaire, surtout à partir des années 1860, a pour effet de concentrer de plus en plus le commerce à New York ; terminaux ferroviaires ou gares de triage sont construits à Manhattan et principalement sur la rive du New Jersey.

Durant la même période, la population s'accroît à un rythme très rapide, New York retenant une grande partie des immigrants qui passent par son port (presque unique point d'entrée pour eux), notamment à partir de 1890. En effet, Irlandais exceptés, une fraction seulement des immigrants d'avant 1890, en majorité allemands, scandinaves et anglo-écossais, restait à New York, les autres gagnant les campagnes et les villes du Midwest, tandis qu'après cette date le courant d'immigration comprend de plus en plus de Méditerranéens et de Slaves, qui, faute de moyens pour aller plus loin, se fixent à New York (et dans les grandes villes de l'Est). L'agglomération, qui rassemblait 2 800 000 habitants en 1880, en a 5 050 000 en 1900 (dont 3 440 000 à New York).
L'aire urbanisée s'est étendue en conséquence.
À partir de 1870, à la suite de la construction de lignes de tramways surélevées (Elevated) sur les avenues de Manhattan, l'espace bâti, qui atteignait alors la 59e rue, progresse rapidement de part et d'autre de Central Park jusqu'à la plaine de Harlem. Les immigrants de la première génération s'établissent par quartiers ethniques à Manhattan, tandis que les Américains de plus vieille date préfèrent les quartiers résidentiels de Brooklyn (relié à Manhattan par le « pont de Brooklyn » depuis 1883) et de Queens, ainsi que la rive new-jersaise (Jersey City, Hoboken).
L'avènement du métro souterrain en 1904 et 1905, qui complète et remplace partiellement l'Elevated, marque le début d'une ère nouvelle. L'IRT (Interborough Rapid Transit) et le BMT (Brooklyn Manhattan Transit) ouvrent des lignes qui réunissent le Bronx à Queens et Brooklyn en passant par Manhattan. L'une d'elles, la Seventh Avenue Broadway Line, mesure 36 km de longueur, de South Brooklyn au parc Van Cortlandt (Bronx). Grâce au métro, l'aire urbaine s'étend ainsi dans le Bronx et dans l'est de Queens et Brooklyn, que trois nouveaux ponts jetés sur l'East River entre 1900 et 1914 contribuent à mieux souder à Manhattan.

L'immigration, d'Europe orientale et méditerranéenne principalement, se poursuit jusqu'en 1914 : des foules misérables de Juifs russes, d'Italiens du Sud, de sujets de l'empire d'Autriche-Hongrie débarquent à Ellis Island. Elles constituent la main-d'œuvre à bon marché dont a besoin l'industrie. Ces immigrants, plus difficilement assimilables que les Germains et les Scandinaves dans le creuset anglo-saxon, s'entassent dans le Lower East Side et d'autres ghettos de Manhattan progressivement transformés en taudis. De leur côté, les vieux Américains et assimilés des classes moyennes se « suburbanisent » : les comtés de Westchester et de Nassau dans le New York, les comtés du nord-est du New Jersey s'intègrent progressivement à l'agglomération. Les quinze comtés de l'agglomération comptent près de 7 500 000 habitants à la veille de la Première Guerre mondiale, dont 5 000 000 pour les cinq boroughs de New York City.
Entre les deux guerres, surtout jusqu'à la crise mondiale, le système des transports en commun s'améliore et s'étend. Le métro est prolongé dans Brooklyn jusqu'à Coney Island et jusqu'à Richmond Hill au centre de Queens (1930). L'Independant Subway system ouvre une ligne le long de la 8e avenue à Manhattan (1932). On perce des tunnels routiers sous l'East River (Queens-Midtown) et l'Hudson (Lincoln et Holland). En conséquence, la suburbanisation, favorisée aussi par le développement de la voiture individuelle, s'étend dans toutes les directions ; les industries se dispersent dans l'agglomération à la faveur de la mobilité accrue de la main-d'œuvre.
Entre les deux guerres mondiales arrivent des Noirs du Sud et, après la seconde, des Portoricains. Faute de place, les industries gagnent des secteurs éloignés, surtout dans le New Jersey, où se développent de nouveaux quartiers d'habitation.

L'ARCHITECTURE À NEW YORK ...

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TESLA

 

 

 

 

 

 

 

Nikola Tesla


Nikola Tesla (en serbe cyrillique : Никола Тесла), né le 10 juillet 1856 à Smiljan dans l'Empire d'Autriche (actuelle Croatie) et mort le 7 janvier 1943 à New York, est un inventeur et ingénieur américain d'origine serbe. Il est connu pour son rôle prépondérant dans le développement et l'adoption du courant alternatif pour le transport et la distribution de l'électricité.
Tesla a d'abord travaillé dans la téléphonie et l'ingénierie électrique avant d'émigrer aux États-Unis en 1884 pour travailler avec Thomas Edison puis avec George Westinghouse, qui enregistra un grand nombre de ses brevets. Considéré comme l’un des plus grands scientifiques dans l’histoire de la technologie, pour avoir déposé quelque 300 brevets couvrant au total 125 inventions1 (qui seront pour beaucoup attribuées à tort à Edison)2 et avoir décrit de nouvelles méthodes pour réaliser la « conversion de l’énergie », Tesla est reconnu comme l’un des ingénieurs les plus créatifs de la fin du xixe et du début du xxe siècle. Quant à lui, il préférait plutôt se définir comme un découvreur.
Ses travaux les plus connus et les plus largement diffusés portent sur l’énergie électrique. Il a mis au point les premiers alternateurs permettant la naissance des réseaux électriques de distribution en courant alternatif, dont il est l’un des pionniers. Tesla s’est beaucoup intéressé aux technologies modernes se focalisant sur l’électricité qui était le noyau de ses inventions. Il est connu pour avoir su mettre en pratique la découverte du caractère ondulatoire de l’électromagnétisme (théorisé par James Clerk Maxwell en 1864), en utilisant les fréquences propres des composants des circuits électriques afin de maximiser leur rendement.
De son vivant, Tesla était renommé pour ses inventions ainsi que pour son sens de la mise en scène, faisant de lui un archétype du « savant fou ». Grand humaniste qui se fixait comme objectif d'apporter gratuitement l'électricité dans les foyers et de la véhiculer sans fil3,4, il resta malgré tout dans un relatif anonymat jusqu'à plusieurs décennies après sa mort. Son œuvre trouve un regain d'intérêt dans la culture populaire depuis les années 1990. En 1960, le nom tesla (T) est donné à l’unité internationale d’induction magnétique. En 2003, le constructeur automobile novateur de voitures électriques Tesla Inc. est créé, le nom choisi de la marque faisant référence à Nikola Tesla.
Son lieu de sépulture est à Belgrade, en Serbie, dans le musée Nikola-Tesla.
    Sommaire
    *         1            Biographie            1.1            Nationalité et origines            1.2            Jeunesse            1.3            Études secondaires            1.4            Premiers emplois            1.5            Ingénieur chez Edison            1.6            Débuts en tant qu'inventeur indépendant            1.7            Nikola Tesla Company            1.8            Énergie électrique sans fil            1.9            Nouvelles inventions et recherche            1.10            Dernières années            2            Inventions            2.1            Autres idées majeures            2.2            Distinctions            3            Vie privée            3.1            Apparence            3.2            Mémoire eidétique            3.3            Relations            3.4            Habitudes            4            Opinions et croyances            4.1            Physique expérimentale et théorique            4.2            Société            4.3            Religion            5            Postérité            6            Notes et références            6.1            Notes            6.2            Citations originales            6.3            Références            7            Annexes            7.1            Bibliographie            7.2            Documentaires            7.3            Articles connexes            7.4
    *
        Liens externesBiographie

Nationalité et origines   
    Nikola Tesla naît dans une famille serbe orthodoxe de Lika, en Krajina croate, venue de l'ouest de la Serbie, près du Monténégro5. Fier de ses origines, Tesla a toujours revendiqué à la fois ses ascendances serbes et son héritage croate, s'identifiant comme un Serbe de Croatie6,7,8,9,10. Cependant, né au sein de l'Empire d'Autriche, Tesla s'est déclaré de nationalité autrichienne lors de sa demande de naturalisation américaine en 189111.
Les Tesla seraient issus de la famille Draganić, dont une branche aurait adopté le surnom « Tesla » signifiant herminette en serbe, donné en raison d'une caractéristique physique particulière de ses membres5. Une autre légende les lie à la famille noble d'Herzégovine de Pavle Orlović, un chevalier serbe semi-mythologique12.
Toutefois, parce qu'il est né dans la partie croate des confins militaires (une zone tampon contrôlée par les Habsbourg le long de la frontière ottomane), certains Croates revendiquent pour Tesla la nationalité croate13,14. Ainsi, depuis sa mort en 1943, de nombreuses controverses ont éclaté quant à sa nationalité, des nationalistes serbes et croates se livrant à de nombreux débats pour s'attribuer son origine15,16,17.

Jeunesse
Enfance
Nikola Tesla naît dans la nuit du 9 au 10 juillet 1856a, à Smiljan, dans les confins militaires de l’Empire d’Autriche6. Il naît lors d'une nuit d'orage très violente. Sa grand-mère interprète cela en disant que l'enfant serait l'« enfant de la nuit », alors que sa mère au contraire déclare qu'il serait l'« enfant de la lumière »18. Son père, Milutin Tesla, est le prêtre orthodoxe serbe de Smiljan19. Sa mère, Đuka Mandić, est la fille d’un prêtre orthodoxe serbe originaire de Lika et Banija et antérieurement du Kosovo. Elle a un don pour la fabrication d’outils artisanaux et, bien qu’analphabète, est capable de mémoriser des textes de poésie épique serbe et des passages de la Bible20. Nikola est le quatrième de cinq enfants. Il a trois sœurs, Milka, Angelina et Marica, et un frère aîné, Dane, qui décède après un accident de cheval alors que Nikola a sept ans21.   

        Milutin Tesla, prêtre orthodoxe serbe, père de Nikola Tesla, décoré de la croix du Mérite civil.    La mort de Dane a un impact négatif sur la relation qu'a Nikola avec ses parents, et plus particulièrement avec son père. En effet, Dane est vu comme « extraordinairement doué » et est le fils préféré de Milutin. Sa mort est ainsi très difficile à accepter, et Nikola se sent rejeté par ses parents : « Tout ce que j'ai fait de louable n'a fait qu'accentuer le sentiment de perte de mes parents. J'ai donc grandi avec peu de confiance en moi »c 1. Dane étant censé suivre son père en devenant à son tour prêtre, c'est sur Nikola que Milutin repose ses espoirs. Il donne alors à Nikola des exercices, tels que du calcul mental, répéter de longues phrases ou essayer de deviner ses pensées, tous dans un but d'améliorer son esprit critique. Sa relation compliquée avec son père provoque des obsessions étranges chez Nikola : il ne supporte pas la vue de boucles d’oreilles et de perles sur les femmes, il refuse de toucher les cheveux d'autres personnes, est dérangé par l'odeur du camphre, est obligé de compter ses pas et se force à faire un nombre d'actes divisible par trois sans quoi il recommence toute action22.
Dès son enfance, Tesla montre de grandes aptitudes intellectuelles, bénéficiant d’une mémoire eidétique hors du commun et d’un génie inventif qu'il attribue plus tard aux gènes et à l'influence de sa mère20. Tesla est cependant troublé par des visions et a de la peine à contrôler ses émotions. Il se passionne pour le tir à l'arc et utilise son imagination pour « chevaucher ces flèches qu'il tire hors de vue dans les voûtes bleues du ciel ». Il essaie alors d'imaginer un appareil qui lui permettrait de voler et conçoit un objet volant utilisant les propriétés du vide et de la pression pour faire tourner un cylindre. Ses premières expérimentations s'avèrent concluantes, mais la vitesse de rotation du cylindre n'est finalement pas suffisante pour faire décoller l'engin23. Un autre projet de machine volante, censée « mettre les énergies de la nature au service de l'homme »c 2, consiste à mouvoir quatre hélices en y attachant des hannetons. Ce projet est cependant abandonné après qu'un autre enfant ait attrapé et mangé un des insectes. Dégoûté par l'événement, Tesla promet de ne plus jamais toucher d'insectes de sa vie24.
Peu après la mort de son frère, Tesla commence à lire dans la bibliothèque de son père, ce que ce dernier n'approuve pas. Milutin cache les bougies pour empêcher Nikola de se « ruiner les yeux », mais Tesla finit par créer ses propres bougies et continue à lire25. À 12 ans, il découvre le livre Abafi de Miklós Jósika, qui raconte l'histoire d'un « jeune homme absorbé par la débauche et l'amour du plaisir, qui, par la fermeté de sa volonté et l'énergie de sa résolution, s'exalte pour devenir l'un des héros les plus respectés et les plus exemplaires de son pays, que l'inflexibilité des objectifs peut surmonter en tout »c 3. Ce livre est une révélation pour Tesla, et il lui permet d'enfin prendre contrôle de ses émotions : « En peu de temps, j'ai vaincu ma faiblesse et j'ai ressenti un plaisir que je n'avais jamais connu auparavant, celui de faire ce que je voulais »c 4,26.

Éducation
En 1861, Tesla fréquente l'école primaire de Smiljan où il étudie l'allemand, l'arithmétique et la religion. En 1862, la famille Tesla s'installe dans la localité voisine de Gospić, où le père de Tesla travaille comme curé de paroisse. Tesla y termine l'école primaire, puis le collège27. En 1870, Tesla s'installe à Karlovac pour suivre les cours du lycée au Gymnase Karlovac, où les cours sont dispensés en allemand, comme c'était l'usage dans les écoles situées à l'intérieur de la frontière militaire austro-hongroise28,29. Tesla est capable de faire du calcul intégral de tête, ce qui fait croire à ses professeurs qu'il triche30. Il termine un cursus de quatre ans en trois ans, et obtient son diplôme en 187331.

Premier contact avec l'électricité
Tesla commence à s'intéresser à l'électricité très jeune. Alors qu'il joue avec le chat familial Macak, il découvre l'électricité statique, « un miracle qui [le] rend muet d'étonnement ». Il déclare plus tard : « Le dos de Macak était une feuille de lumière et ma main produisait une pluie d'étincelles assez forte pour être entendue dans toute la maison ». Curieux, il interroge son père, qui lui répond qu'il s'agit d’électricité, « la même chose que l'on voit à travers les arbres lors d'une tempête ». Ces premiers questionnements deviennent une véritable obsession pour Tesla : « Je ne peux pas exagérer l'effet de cette merveilleuse nuit sur mon imagination enfantine. Jour après jour, je me suis demandé « Qu'est-ce que l'électricité ? » et je n'ai trouvé aucune réponse »32.
Au Gymnase Karlovac, Tesla est impressionné par les démonstrations de son professeur de physiqueb. Elles le motivent plus que jamais à étudier l'électricité, cette « force merveilleuse ». Tesla lit alors tout ce qu'il trouve sur le phénomène, se prend de passion pour le radiomètre de Crookes et expérimente avec des batteries, des bobines et des générateurs électriques33.

Maladies   
    Alors qu'il étudie à Karlovac, Tesla vit avec la sœur de son père dans une zone très marécageuse. Les moustiques y sont ainsi nombreux, et il contracte le paludisme, qu'il traite en prenant énormément de quinine. La maladie ne le quitte cependant pas avant plusieurs années34,35.
Une fois son diplôme au Gymnase Karlovac obtenue, Tesla retourne à Smiljan. Peu après son arrivée, il contracte le choléra, reste alité pendant neuf mois et frôle la mort à plusieurs reprises. Le père de Nikola, dans un moment de désespoir, et bien qu'il veuille que son fils entre dans la prêtrise, promet de l'envoyer dans la meilleure école d'ingénieurs s'il se remet de la maladie36,27,37. Alors qu'il est malade, il lit les œuvres de Mark Twain, ce qu'il considère comme l'ayant aidé à se remettre miraculeusement de sa maladie38.
Études secondaires
En 1874, Tesla échappe au service militaire obligatoire dans l'armée austro-hongroise à Smiljan en s'enfuyant au sud-est de Lika à Tomingaj, près de Gračac31. Là, il explore les montagnes en tenue de chasseur, lit de nombreux livres et conçoit des inventions qu'il juge lui-même « délirantes »39,40. Selon Tesla, ce contact avec la nature l'a rendu plus fort, tant physiquement que mentalement27.
En 1875, Tesla s'inscrit à l'université technique de Graz grâce à une bourse de la Frontière militaire41,42. Il s’enrôle dans les départements de physique et mathématiques dans l'idée de devenir plus tard professeur, probablement pour satisfaire son père qui aurait eu du mal à imaginer Nikola en tant qu'ingénieur43. Durant sa première année, Tesla ne manque jamais un cours, obtient les meilleures notes possibles, réussit neuf examens (presque deux fois plus que le nombre requis) et fonde un club culturel serbe41,42. Le doyen de la faculté technique adresse alors une lettre à son père dans laquelle il déclare : « Votre fils est une étoile de premier rang »42. Quand Tesla rentre à Smiljan à la fin de l'année scolaire, il s'attend à impressionner ses parents avec ses résultats, mais les retrouve peu enthousiastes et inquiets pour sa santé. En effet, durant l'année scolaire, Tesla a un rythme de vie effréné ; il se réveille à 3 heures du matin et lit généralement jusqu'à 23 heures, ne se laissant aucune pause pour des loisirs, même les dimanches et les jours de fête. Un de ses professeurs, craignant pour la santé de Tesla, envoie ainsi plusieurs lettres tout au long de l'année scolaire au père de Nikola le priant de retirer son fils de l'écolec,44.
En 1876 ou 1877, Tesla entre en désaccord avec son professeur de physique Jakob Pöschl lors de la démonstration d'une machine de Gramme. Pöschl raccorde la machine à une batterie pour l'utiliser comme moteur en courant continu, mais les balais, mal ajustés, créent des étincelles. Tesla observe alors la machine et conclut qu'elle pourrait fonctionner de la même manière sans balais. Pöschl, qui pense que ce sont les balais qui convertissent l'énergie électrique en énergie mécanique, contredit Tesla en précisant que, selon lui, cela serait équivalent à tenter de créer un mouvement perpétuel. Convaincu qu'il a raison, Tesla abandonne ses plans de devenir professeur et intègre la faculté d'ingénierie45,d.
Bien que sa position d'étudiant en ingénierie lui aurait permis de construire un modèle fonctionnel de moteur sans balais, Tesla choisit de simplement explorer l'idée dans son imagination, en deux étapes : « J'ai commencé par imaginer une machine à courant continu, la faire fonctionner et suivre le flux changeant des courants dans l'armature. Ensuite, j'imaginais un alternateur et j'étudiais les processus qui se déroulaient de la même manière. […] Les images que j'ai vues étaient pour moi parfaitement réelles et tangibles »47,46. Tesla pense donc que la solution se trouve en courant alternatif, une innovation puisque, à cette époque, on utilise du courant continu pour presque toutes les applications de l'électricité. Tesla a également l'idée de coupler un moteur à un générateur, et non pas une batterie, ce qui est également une innovation probablement inspirée par la présentation d'Hippolyte Fontaine à Vienne, que Pöschl a expliqué à Tesla, durant laquelle Fontaine raccorde un moteur à une dynamo. Malgré un concept de base bien établi, Tesla n'arrive pas à réaliser son idée physiquement48.    « À un certain âge, j'ai contracté une manie du jeu qui a beaucoup inquiété mes parents. S'asseoir pour jouer aux cartes était pour moi la quintessence du plaisir. […] Je disais à [mon père] : « Je peux arrêter quand je veux, mais vaut-il la peine de renoncer à ce que j'achèterais avec les joies du paradis ? »c 5,49. »

Nikola Tesla
    Après une altercation avec un camarade de classe allemand, durant laquelle celui-ci se moque de Tesla pour son assiduité au travail scolaire, Tesla commence à sortir avec d'autres étudiants jusqu'à tard le soir. Il y apprend les dominos, les échecs, devient un très bon joueur de billard et développe une addiction aux jeux de cartes et d'argent27,50. Lors du premier semestre de sa troisième année d'études, Tesla ne va plus en cours, et il n'est enregistré dans aucune classe au printemps 1878. Tesla perd ainsi sa bourse militaire, et tente en vain d'en obtenir une nouvelle auprès d'un journal pro-serbe de Novi Sad51.
Selon certaines sources, Tesla aurait obtenu son diplôme de premier cycle de l’université de Graz52,53. Toutefois, selon l’université, il n’aurait pas poursuivi ses études au-delà du premier semestre de sa troisième année, et n'aurait ainsi obtenu aucun diplôme54,55,56.

Premiers emplois   

        Nikola Tesla vers 1879, âgé de 23 ans.    En décembre 1878, Tesla quitte Graz, ne contacte plus sa famille et déménage à Maribor où on l’emploie comme assistant ingénieur. Il passe alors ses soirées dans un pub, le Paysan Heureux, à jouer aux cartes. En janvier 1879, son ancien colocataire Kosta Kulišić séjourne à Maribor et rencontre par hasard Tesla au Paysan Heureux. Kulišić contacte alors la famille de Tesla, leur indiquant qu'il se trouvait à Maribor. Deux mois plus tard, Milutin Tesla se rend à Maribor pour convaincre Nikola de reprendre ses études à l’université Charles de Prague. Tesla refuse alors de rentrer chez ses parents et tient tête à son père, qui tombe malade. Tesla est cependant renvoyé à Gospić quelques semaines plus tard après avoir été arrêté pour vagabondage. Milutin, choqué de voir son fils ramené par la police, meurt le 17 avril 187957.
Après la mort de son père, Tesla reste à Gospić, continue de participer à des jeux d'argent et enseigne dans son ancienne école27,58. Avec l'aide de sa mère, il parvient à mettre de côté son addiction et accepte finalement de reprendre ses études à Prague, ses oncles maternels lui fournissant les fonds nécessaires58. Là, il est influencé par Ernst Mach et suit un cours de Carl Stumpf intitulé « David Hume et l'investigation de l'intellect humain » dans lequel Tesla apprend le concept de tabula rasa. Tesla continue de travailler sur son idée de moteur à courant alternatif à Prague, bien qu'il soit uniquement enregistré à des cours de mathématiques, physique expérimentale et philosophie : « L'atmosphère de cette vieille et intéressante ville était favorable à l'invention ». Il y fait des expérimentations, telles que « détacher le collecteur de la machine et étudier le fonctionnement sous ce nouvel aspect », sans vraiment parvenir à des résultats concluants. Malgré cela, ces tests s'avèrent importants pour Tesla, car ils lui permettent de mieux comprendre le fonctionnement d'un moteur, et il sent qu'il « se rapproche d'une solution »58.
En janvier 1881, alors que ses oncles ont arrêté de lui envoyer de l'argent, Tesla quitte Prague pour Budapest59. Tesla choisit Budapest, car il a récemment appris que Tivadar Puskás, un collaborateur de Thomas Edison, est sur le point d'y construire des centraux téléphoniques. Les travaux doivent être supervisés par Ferenc Puskás, le frère de Tivadar, qui a servi dans l'armée dans la même unité que l'oncle de Tesla, Pavle Mandić. Tesla demande ainsi à son oncle de le recommander pour aider à construire le réseau téléphonique de Budapest, mais, n'arrivant pas à financer leur projet immédiatement, les frères Puskás trouvent un travail à Tesla comme dessinateur pour l'Office central du télégraphe du gouvernement hongrois60. Très vite repéré par l'inspecteur en chef, il est finalement transféré à un poste qui le voit faire des calculs et des estimations, et aider à la conception d'une nouvelle installation téléphonique. Tesla réalise alors sa première réelle invention, un ancêtre du haut-parleur qu'il n'a jamais breveté ni exposé publiquement61.
Bien qu'il soit d'abord heureux d'être en contact direct avec des appareils électriques, Tesla se lasse vite d'un travail qu'il juge trop limité60. Tesla finit donc par démissionner et se concentre sur ses inventions. Au courant 1881, Tesla est affecté par une étrange maladie que les médecins n'arrivent pas à diagnostiquer. Il souffre notamment d'une sensibilité aiguë de tous les sens — John Joseph O'Neill décrit son ressenti entre autres de la façon suivante : « un faisceau de lumière brillant sur lui produit l'effet d'une explosion interne » — et reste cloué au lit plusieurs mois, les médecins lui donnant peu de chance de s'en sortir62. Il est possible que cette maladie soit une dépression nerveuse due au peu d'intérêt que les gens portent à ses nouvelles inventions. Tesla doit sa rémission à Anthony Szigeti, un homme qu'il rencontre à Budapest et avec qui il se lie d'amitié : « [Szigeti] était un athlète d'une puissance physique extraordinaire — l'un des hommes les plus forts de Hongrie. Il m'a traîné hors de ma chambre et m'a obligé à faire des exercices physiques… il m'a sauvé la vie »60.    « […] je vole, pour m’abreuver de sa lumière éternelle, devant moi le jour et derrière moi la nuit, le ciel sur ma tète et les flots sous mes pieds. Quel beau rêve ! et cependant l’astre s’évanouit63. »

Extrait de Faust de Johann Wolfgang von Goethe, poème qui a inspiré Tesla pour la conception du moteur asynchrone64.
    Pour aider Tesla à se remettre de sa maladie, Szigeti l'invite à venir marcher avec lui au Városliget. Tesla accepte et passe la plupart de ses soirées avec Szigeti à discuter de ses idées de moteur à courant alternatif. Un jour, alors que Tesla récite un poème de Johann Wolfgang von Goethe, il a un « instant eurêka » pendant lequel une idée lui vient « comme un éclair ». Il commence alors à dessiner les plans d'une nouvelle invention dans le sable tout en l'expliquant à Szigeti65. Les images seraient apparues tellement clairement à Tesla qu'il en serait venu à demander à son ami si il « voyait le moteur tourner »66. C'est les images « du soleil qui se retire et se précipite en avant » et « des ailes invisibles qui soulèvent l'esprit mais pas le corps » du poème de Goethe qui inspirent Tesla à utiliser un champ magnétique tournant pour la conception de son moteur67,e.
L'épisode du parc à Budapest n'a pas seulement aidé Tesla à avancer dans ses recherches sur le premier moteur à courant alternatif, cela lui a également confirmé qu'il était capable de devenir inventeur, et il prend alors pleine conscience de son pouvoir créatif. Tesla se voit alors devenir « riche et célèbre ». En 1882, il profite de son travail aux Compagnies Ganz pour en apprendre plus sur le courant alternatif — Károly Zipernowsky, Ottó Bláthy et Miksa Déri, qui travaillent également chez Ganz, créent plus tard le premier réseau électrique en alternatif. C'est en travaillant chez Ganz que Tesla, en faisant des expériences avec un transformateur électrique défectueux en forme d'anneau, confirme sa théorie selon laquelle il est possible d'utiliser un courant alternatif pour créer un champ magnétique tournant68.
En 1882, Tesla est enfin engagé par Ferenc Puskás pour aider à développer le réseau téléphonique de Budapest. C'est alors que Tesla invente de nouveaux répéteurs et amplificateurs pour téléphone. Une fois le travail terminé, Tivadar Puskás, qui est à Paris pour aider Thomas Edison à introduire son système d’éclairage public à incandescence en France, invite Tesla et Szigeti à le rejoindre pour travailler pour la Edison General Electric Company69.

Ingénieur chez Edison
En France
À Paris, Tesla se distingue auprès du directeur de la Continental Edison, Charles Batchelor (en), probablement grâce à ses études supérieures en physique et mathématiques qui le rendent autant bon en théorie qu'en pratique. Il tente alors à plusieurs occasions d'expliquer ses idées de moteur à courant alternatif à ses collègues, en vain. Ceux-ci ne sont pas intéressés par ses idées, car la Edison Company est occupée à commercialiser des solutions d'éclairages électriques, et ne voit pour l'instant pas l'intérêt de développer des systèmes motorisés. Une autre raison du désintérêt des employés d'Edison vient peut-être aussi du fait que les idées de Tesla semblent être trop gourmandes en cuivre. En effet, une des politiques imposées par Thomas Edison consiste à utiliser le moins de cuivre possible dans ses systèmes, et Tesla prévoit d'alimenter son moteur avec six fils de cuivre, de façon à créer trois courants alternatifs déphasés70,f.   
    Tesla est ensuite employé par l'entreprise d'Edison en France et en Allemagne dans plusieurs stations d'éclairage. Il impressionne le directeur d'une des filières d'Edison, Louis Rau, et est envoyé à Strasbourg, qui fait alors partie de l'Empire allemand. Là-bas, il est chargé de réparer les dommages causés par un court-circuit à la gare de Strasbourg-Ville, en construction dans le cadre de la Neustadt. La gare de Strasbourg comporte alors un système d'éclairage de 1 200 lampes alimentées par quatre générateurs en plus d'une installation de Siemens & Halske de cinq générateurs à courant continu pour lampes à arc. Durant les travaux, Tesla trouve un générateur à courant alternatif de Siemens et commence à construire un prototype de moteur à courant alternatif dans son temps libre72. Après plusieurs essais, il réussit à faire tourner son moteur pour la première fois : « J'ai finalement eu la satisfaction de voir la rotation s'effectuer par des courants alternatifs de phases différentes, et sans contacts glissants ni collecteur, comme je l'avais conçu un an auparavant. C'était un plaisir exquis, mais incomparable au délire de joie qui a suivi la première révélation »73.
À Strasbourg et à Paris, Tesla tente à plusieurs reprises de trouver des investisseurs, mais personne ne semble vraiment s'intéresser à ses projets. Au printemps 1884, Charles Batchelor est rappelé aux États-Unis par Edison pour gérer Edison Machine Works (en) à New York. Batchelor demande alors à Tesla de le suivre pour travailler sur son moteur74.
Aux États-Unis   

        Le bâtiment de l'Edison Machine Works sur Goerck Street, à New York. Tesla ressent le passage de l'Europe cosmopolite au travail dans cet atelier comme une « douloureuse surprise »75.    Tesla émigre en juin 1884 et commence à travailler presque immédiatement chez Machine Works dans le Lower East Side de Manhattan, aux côtés d'une vingtaine d'« ingénieurs de terrain » qui peinent à mettre en place l'usine électrique de la ville76,77. Comme à Paris, Tesla travaille au dépannage des installations et à l'amélioration de générateurs. L'atelier où il travaille est surpeuplé : plusieurs centaines de machinistes, d'ouvriers et de cadres y sont employés. L'historien W. Bernard Carlson note que Tesla n'a peut-être rencontré Thomas Edison qu'à quelques reprises77. Une de ces rencontres est décrite dans l'autobiographie de Tesla : après avoir passé la nuit à réparer les dynamos endommagées du paquebot SS Oregon, il rencontre Batchelor et Edison, qui l'appellent « notre parisien ». Après que Tesla leur ait dit qu'il était resté debout toute la nuit pour réparer l'Oregon, Edison fait remarquer à Batchelor que « c'est un homme sacrément bon »75. L'un des projets confiés à Tesla consiste à mettre au point un système d'éclairage public basé sur des lampes à arc78,79. L'éclairage à arc est le type d'éclairage public le plus populaire, mais il nécessite des tensions élevées et est incompatible avec le système à incandescence basse tension d'Edison, et la société perd des contrats dans des villes qui veulent un éclairage public. Les dessins de Tesla ne sont jamais mis en production, peut-être en raison d'améliorations techniques apportées à l'éclairage public à incandescence ou d'un contrat d'installation qu'Edison a conclu avec une société d'éclairage à arc80.
Après six mois de travail chez Machine Works, en 1885, Tesla démissionne77. L'événement qui a précipité son départ n'est pas certain. Il s'agit peut-être d'une prime qu'il n'a pas reçue, soit pour avoir conçu de nouveaux générateurs, soit pour le système d'éclairage à arc qui avait été mis de côté78. Tesla a déjà eu des démêlés avec la société Edison à propos de primes non versées qu'il pensait mériter. Dans son autobiographie, Tesla déclare que le directeur d'Edison Machine Works lui a promis une prime de 50 000 dollars pour concevoir « vingt-quatre types différents de machines standard », « mais cela s'est avéré être une blague »81,82. Dans des versions ultérieures de cette histoire, Thomas Edison aurait offert lui-même une prime puis serait revenu sur sa parole, en disant « Tesla, tu ne comprends pas notre humour américain ». Tesla aurait alors donné sa démission, et Edison aurait tenté de le faire rester en lui offrant une augmentation83. Le journal de Tesla ne contient qu'un seul commentaire sur sa démission, une note qu'il a griffonnée sur les deux pages couvrant la période du 7 décembre 1884 au 4 janvier 1885, en disant « Good by [sic] to the Edison Machine Works » (« Adieu à Edison Machine Works »)84.
Débuts en tant qu'inventeur indépendant
Tesla Electric Light & Manufacturing
Peu après avoir quitté la société Edison, Tesla s'attelle à la tâche de breveter un système d'éclairage à arc, peut-être le même qu'il a développé chez Edison85,77. En mars 1885, il rencontre l'avocat Lemuel W. Serrell, qui travaille entre autres pour Edison, afin d'obtenir de l'aide pour soumettre les brevets85. Serrell présente Tesla à deux hommes d'affaires, Robert Lane et Benjamin Vail, qui acceptent de financer une société de fabrication et d'utilité d'éclairage à l'arc à son nom, la Tesla Electric Light & Manufacturing (en)86. Tesla travaille pendant le reste de l'année sur un générateur à courant continu amélioré et la construction et l'installation du système à Rahway, dans le New Jersey, et obtient ses premiers brevets aux États-Unis87. Le nouveau système de Tesla est remarqué par Electrical Review, un journal technique de New York, qui publie un article sur l'installation de Rahway en première page88.
Les investisseurs montrent cependant peu d'intérêt pour les idées de Tesla concernant de nouveaux types de moteurs à courant alternatif et d'équipements de transmission électrique. Après la mise en service de l'entreprise en 1886, ils décident que la manufacture de lampes à arc est un marché trop compétitif. Ils optent dès lors pour la simple exploitation d'une entreprise d'électricité, qu'ils créent, abandonnant la société de Tesla. Tesla perd même le contrôle de ses brevets, puisqu'il les a précédemment cédés à Tesla Electric & Manufacturing en échange d'actions89. Sans le sou, l'inventeur ne trouve plus de travail comme ingénieur et multiplie les petits boulots, tels que réparateur de circuits électriques ou comme ouvrier dans une société qui creuse des fossés pour 2 dollars par jour (57 dollars en 202290). Tesla lui-même considère cette période comme très difficile, écrivant : « J'ai vécu une année de terribles peines de cœur et de larmes amères, ma souffrance étant intensifiée par le besoin matériel. […] Mon éducation supérieure dans diverses branches de la science, de la mécanique et de la littérature m'ont paru [sic] comme une moquerie »c 6,89,91.
Nikola Tesla Company et Westinghouse
Fin de 1886, Tesla rencontre Alfred S. Brown, un surintendant de la Western Union, et Charles Fletcher Peck, un avocat de New York. Les deux hommes ont de l'expérience dans la création d'entreprises et la promotion des inventions et savent comment en tirer un profit92. Sur la base des nouvelles idées de Tesla, notamment une idée de moteur thermo-magnétique, ils acceptent de soutenir financièrement l'inventeur et de s'occuper de ses brevets93. Ensemble, ils forment la Tesla Electric Company en avril 1887 et s'accordent pour que Tesla reçoive un tiers des bénéfices, tandis que Brown et Peck se partagent un tiers ; le dernier tiers est réinvesti dans de futures inventions. Ils louent un laboratoire pour Tesla à Manhattan, où il travaille à l'amélioration et au développement de nouveaux types de moteurs électriques, de générateurs et d'autres dispositifs, avec Sziget comme assistant94.   

        Dessin tiré du brevet américain 381 968, illustrant le principe du moteur à induction à courant alternatif de Tesla    En 1887, Tesla met au point un moteur à induction qui fonctionne sur courant alternatif. En plus de faire breveter le moteur, Peck et Brown organisent des tests indépendants pour vérifier qu'il est fonctionnel et en font la promotion au moyen de communiqués de presse envoyés à des publications techniques pour des articles à paraître en même temps que la délivrance du brevet. Le physicien William Arnold Anthony, qui a testé le moteur, et le rédacteur en chef du magazine Electrical World, Thomas Commerford Martin, organisent une démonstration du moteur de Tesla le 16 mai 1888 à l’American Institute of Electrical Engineers95. Les ingénieurs de la Westinghouse Electric signalent alors à George Westinghouse que Tesla a un moteur à courant alternatif viable, ce dont Westinghouse a besoin pour un système à courant alternatif qu'il a déjà commencé à commercialiser. Bien que Westinghouse ait cherché à obtenir un brevet sur un moteur similaire développé en 1885 par le physicien italien Galileo Ferraris, il se rabat sur le modèle de Tesla, estimant que celui-ci va probablement dominer le marché96,97.    « […] il présentait un exemple rare de santé et de force. Comme un lion dans une forêt, il respirait profondément et avec délice l'air enfumé de ses usines. […] Athlète dans la vie ordinaire, il s'est transformé en géant face à des difficultés qui semblaient insurmontables. […] Quand d'autres abandonnaient en désespoir de cause, il triomphait. S'il avait été transporté sur une autre planète avec tout contre lui, il aurait travaillé à son salut »c 7.

Nikola Tesla au sujet de George Westinghouse98.
    En juillet 1888, Brown et Peck négocient un accord de licence avec George Westinghouse pour la conception des moteurs et transformateurs de Tesla pour 60 000 dollars en espèces et en actions et une redevance de 2,50 dollars par cheval-vapeur produit par chaque moteur (respectivement 1 707 333 dollars et 71 dollars en 202290). Westinghouse engage également Tesla pendant un an pour la somme de 2 000 dollars par mois (56 911 dollars en 202290) pour être consultant dans les laboratoires de Pittsburgh de la Westinghouse Electric99.
Au cours de cette année, Tesla travaille à Pittsburgh, aidant à créer un système de courant alternatif pour alimenter les tramways de la ville. Il trouve cette période frustrante en raison de conflits avec les autres ingénieurs de Westinghouse sur la meilleure façon de mettre en place le courant alternatif. Entre eux, ils se mettent d'accord sur un système à courant alternatif de 60 cycles que Tesla a proposé (pour correspondre à la fréquence de fonctionnement du moteur de Tesla), mais ils s’aperçoivent vite que cela ne fonctionnera pas pour les tramways, puisque le moteur à induction de Tesla ne peut fonctionner qu'à une vitesse constante. Ils finissent par utiliser un moteur de traction à courant continu à la place100,101.

Un marché très compétitif
La démonstration par Tesla de son moteur à induction et l'obtention ultérieure par Westinghouse d'une licence sur le brevet, tous deux en 1888, ont lieu alors que les compagnies d'électricité se livrent une intense concurrence102,103. Les trois grandes entreprises, Westinghouse, Edison et Thomson-Houston, essayent de se développer dans un secteur à fort capital et se sous-estiment mutuellement. Edison Electric va jusqu'à faire de la propagande et essaye de faire valoir que son système à courant continu est meilleur et plus sûr que le système à courant alternatif de Westinghouse. La concurrence signifie que Westinghouse n'a finalement pas les moyens financiers et techniques pour développer immédiatement le moteur de Tesla102.
Deux ans après la signature du contrat avec Tesla, Westinghouse Electric se retrouve en difficulté. Le quasi-effondrement de la Barings Bank, à Londres, déclenche la panique de 1890, poussant les investisseurs à demander le remboursement de leurs prêts à Westinghouse Electric en retour104. Le manque soudain de liquidités oblige l'entreprise à renflouer ses dettes. De nouveaux prêteurs exigent alors que Westinghouse réduise ce qui semble être des dépenses excessives dans l'acquisition d'autres sociétés, la recherche et les brevets, y compris la redevance par moteur prévue dans le contrat Tesla105,106. À ce moment-là, le moteur à induction Tesla peine à être mis en place et est bloqué en phase de développement102,104. Westinghouse paye alors une redevance garantie de 15 000 dollars par an bien que les modèles fonctionnels du moteur de Tesla soient rares et que les systèmes d'alimentation polyphasés nécessaires pour le faire fonctionner soient encore plus rares107,104.
Au début de l'année 1891, George Westinghouse explique de manière très claire ses difficultés financières à Tesla, en disant que s'il ne répond pas aux exigences de ses prêteurs, il ne contrôlera plus Westinghouse Electric et Tesla devra traiter avec les banquiers lui-même pour tenter de percevoir ses futures redevances108. Le fait de voir Westinghouse continuer à défendre le moteur convainc Tesla, et il accepte de libérer la société des redevances prévues dans son contrat108,109. Six ans plus tard, Westinghouse achète le brevet de Tesla pour une somme de 216 000 dollars (6 638 112 dollars en 202290) dans le cadre d'un accord de partage de brevet signé avec General Electric (une société issue de la fusion, en 1892, entre Edison et Thomson-Houston)110,111,112.

Laboratoires de New York   

    
Mark Twain, au premier plan, et Nikola Tesla, en 1894 dans le laboratoire de Tesla.
L'argent que Tesla gagne grâce à ses brevets le rend financièrement indépendant et lui donne le temps et les fonds nécessaires pour poursuivre ses propres intérêts113. En 1889, Tesla quitte le magasin de Liberty Street que Peck et Brown louent pour lui. Il travaille alors pendant les douze années suivantes dans plusieurs ateliers et laboratoires à Manhattan : un laboratoire au 175 Grand Street (1889-1892), le quatrième étage du 33-35 South Fifth Avenue (1892-1895), et les sixième et septième étages des 46 & 48 East Houston Street (1895-1902)114,115,116.
Alors que Tesla quitte Westinghouse, Szigeti, son ami et associé depuis plus de neuf ans, lui annonce qu'il aimerait partir pour développer ses propres idées. Son départ est particulièrement difficile à accepter pour Tesla et le blesse profondément105.
Travail en haute fréquence
Article détaillé : Bobine Tesla.
Au cours de l'été 1889, Tesla se rend à l'Exposition universelle de Paris et prend connaissance des expériences de Heinrich Hertz qui prouvent l'existence de rayonnements électromagnétiques117. Tesla trouve cette nouvelle découverte « rafraîchissante » et décide de l'explorer plus en profondeur. En répétant, puis en développant ces expériences, Tesla invente la bobine Tesla, utilisée pour produire de l'électricité à haute tension, à faible courant et à haute fréquence en courant alternatif118.   

        Tesla faisant la démonstration de son éclairage sans fil lors d'une conférence donnée en 1891 au Columbia College de New York.    Les travaux de Tesla se concentrent alors sur la haute fréquence, et plus particulièrement sur la conversion d'électricité en lumière, alors que Guglielmo Marconi, un autre inventeur, a développé les théories de Hertz pour des utilisations en télécommunications. Afin de promouvoir ses découvertes, Tesla utilise ce qu'il a appris avec Peck et Brown : il publie plusieurs articles dans des journaux spécialisés, pose des brevets sur ses inventions et donne une série de conférences dans des universités et écoles d'ingénieurs. Lors de démonstrations publiques pour un système d'éclairage, il allume des tubes de Geissler et des ampoules à incandescence sans utiliser de fils119. En 1893, Tesla déclare aux spectateurs de plusieurs conférences qu'il est sûr qu'un système comme le sien pourrait éventuellement conduire « des signaux intelligibles ou peut-être même de l'énergie à n'importe quelle distance sans utiliser de fils » en le conduisant à travers la terre120,121. Tesla entre également en conflit avec Elihu Thomson, qui travaille sur la haute fréquence et n'observe pas toujours les mêmes résultats que lui ; Tesla et Thomson se répondent par une série d'articles dans des journaux spécialisés entre mars et avril 1891122.
Le 30 juillet 1891, à l'âge de 35 ans, Tesla est naturalisé citoyen des États-Unis11. En 1892, et jusqu'en 1894, Tesla devient vice-président de l’American Institute of Electrical Engineers, le précurseur de l’Institute of Electrical and Electronics Engineers123.

Système polyphasé et exposition universelle de 1893
Début 1893, les ingénieurs de Westinghouse Charles F. Scott puis Benjamin G. Lamme font des progrès sur une version fonctionnelle du moteur à induction de Tesla. Lamme trouve un moyen de rendre l'alimentation polyphasée compatible avec les anciens systèmes monophasés à courant alternatif et à courant continu en développant une commutatrice124. Westinghouse Electric a dès lors un moyen de fournir de l'électricité à tous les clients potentiels et commence à donner à son système polyphasé à courant alternatif le nom « Tesla Polyphase System ». Ils pensent alors que les brevets de Tesla leur donnent la priorité sur les autres systèmes polyphasés à courant alternatif, et envoient des brochures à leurs clients les avertissant que, s'ils venaient à acheter un système alternatif ailleurs, ils pouvaient être poursuivis en justice125.
Westinghouse Electric demande à Tesla de participer à l'exposition universelle de 1893 à Chicago, où la société dispose d'un grand espace consacré aux expositions sur l'électricité. Bien que l'entreprise soit passée très proche de la faillite, Westinghouse Electric remporte également l'appel d'offres pour éclairer l'exposition avec du courant alternatif ; Westinghouse obtient le contrat en proposant des prix bien plus bas que ses compétiteurs, ce qui force ses ingénieurs à utiliser des alternateurs plus gros et une tension électrique plus élevée126. C'est néanmoins un moment clé dans l'histoire du courant alternatif, car la société démontre au public américain la sécurité, la fiabilité et l'efficacité d'un système alternatif polyphasé qui peut alimenter les autres stands de la foire en courant alternatif et en courant continu127,128,129.    « Dans la salle étaient suspendues deux plaques de caoutchouc dur recouvertes de papier d'étain. Elles étaient espacées d'environ 15 pieds et servaient de bornes aux fils électriques des transformateurs. Lorsque le courant circulait, les lampes ou les tubes, auxquels aucun fil n'était connecté, mais qui étaient posés sur une table entre les plaques suspendues, ou qui pouvaient être tenus à la main dans presque n'importe quelle partie de la pièce, étaient rendus lumineux ».

Témoignage de John Patrick Barrett, un visiteur de l'exposition universelle de 1893130.
    Un espace d'exposition spécial est mis en place pour présenter différents modèles de moteur à induction de Tesla. Le champ magnétique rotatif qui les actionne est expliqué par une série de démonstrations, dont un œuf de Colomb qui utilise la bobine biphasée d'un moteur à induction pour faire tourner un œuf en cuivre et le faire tenir debout131. Tesla visite notamment la foire pour assister au Congrès international sur l'électricité et faire une série de démonstrations au stand Westinghouse132. Une pièce spécialement obscurcie est aménagée où Tesla montre son système d'éclairage sans fil, en utilisant une démonstration qu'il avait déjà faite à travers l'Amérique et l'Europe ; il s'agit notamment d'utiliser un courant alternatif à haute tension et haute fréquence pour allumer des lampes à décharge sans fil133.
Lors de sa présentation au Congrès international sur l'électricité, dans le hall agricole de l'exposition universelle, Tesla présente un générateur électrique alternatif à vapeur qu'il a breveté cette année-là, ce qu'il pense être une meilleure façon de générer du courant alternatif134. La vapeur est forcée dans un oscillateur et s'échappe par une série d'orifices, poussant un piston fixé à une armature de haut en bas. L'armature magnétique vibre alors de haut en bas à grande vitesse, produisant un champ magnétique alternant. Celui-ci induit un courant électrique alternatif dans les bobines de fil situées à proximité. Cela permet de supprimer les pièces compliquées d'un moteur/générateur à vapeur, mais n'est finalement jamais considéré comme une solution technique viable pour produire de l'électricité135.

Consultant aux chutes du Niagara   

        Statue de Nikola Tesla à Niagara Falls au Canada.    En 1893, Edward Dean Adams, qui dirige la Niagara Falls Hydraulic Power and Manufacturing Company, demande l'avis de Tesla pour un système de transmission de l'électricité produite aux chutes du Niagara. Pendant plusieurs années, Adams a reçu une série de propositions et a ouvert plusieurs concours afin de déterminer la meilleure façon d'utiliser l'énergie produite sur le site. Parmi les systèmes proposés par plusieurs entreprises américaines et européennes figurent alors des systèmes de courant alternatif biphasé et triphasé, de courant continu à haute tension et d'air comprimé. Adams demande à Tesla des informations sur tous les systèmes en compétition. L'inventeur recommande alors à Adams un système biphasé, jugé plus fiable par Tesla, et lui explique que Westinghouse propose un système compatible avec l'éclairage à incandescence en utilisant un courant alternatif biphasé. L'entreprise d'Adams attribue alors un contrat à Westinghouse Electric pour la construction d'un système de production de courant alternatif biphasé aux chutes du Niagara, sur la base des conseils de Tesla et de la démonstration de Westinghouse à l'exposition universelle, qui prouve qu'ils sont capables de construire un système complet de courant alternatif. Un autre contrat est cependant passé avec General Electric pour la construction du système de distribution136.

Nikola Tesla Company
En 1895, Edward Dean Adams, impressionné par ce qu'il a vu lors de sa visite du laboratoire de Tesla, accepte de participer à la fondation de la Nikola Tesla Company, créée pour financer, développer et commercialiser une variété de brevets antérieurs et nouveaux. Alfred Brown s'engage avec Tesla, apportant avec lui les brevets développés sous Peck et Brown. William Birch Rankine et Charles F. Coaney font également partie du conseil d'administration de la société. Tesla trouve peu d'investisseurs ; le milieu des années 1890 est une période difficile sur le plan financier, et les brevets d'éclairage sans fil et d'oscillateurs qu'il a mis sur le marché n'ont jamais abouti137.

Incendie au laboratoire de Tesla
Le 13 mars 1895, aux aurores, le bâtiment de la Cinquième Avenue qui abrite le laboratoire de Tesla prend feu. L'incendie commence dans le sous-sol du bâtiment et est si intense que le laboratoire de Tesla, situé au quatrième étage, s'effondre au deuxième étage. L'incendie fait non seulement reculer les projets en cours de Tesla, mais il détruit également une collection de notes et de matériel de recherche, de modèles et de pièces de démonstration, dont beaucoup ont été présentées à l'Exposition universelle de Colombie de 1893. Les pertes s'élèvent à près de 100 000 dollars (3 073 200 dollars en 202290)138.
La destruction de son laboratoire touche énormément Tesla. Il passe alors plusieurs jours dans son lit et, selon le New York Herald, il apparaît « découragé et abattu »c 8. Tesla revient quelques jours plus tard sur les lieux de l'incendie avec des ouvriers afin de sauver ce qui peut l'être. Pour surmonter cette épreuve, Tesla s'essaye à l'électrothérapie ; il s'administre plusieurs chocs par jour, probablement au moyen d'une de ses bobines, de façon à « éviter de sombrer dans un profond état de mélancolie »c 9,139.

Rayons X   
  

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L'ÉCRITURE

 


 

 

 

 

 

écriture
(latin scriptura)

Consulter aussi dans le dictionnaire : écriture
Cet article fait partie du dossier consacré à la Mésopotamie.

Système de signes graphiques servant à noter un message oral afin de pouvoir le conserver et/ou le transmettre.

HISTOIRE
Toutes les civilisations qui ont donné naissance à une forme d'écriture ont forgé une version mythique de ses origines ; elles en ont attribué l'invention aux rois ou aux dieux. Mais les premières manifestations de chaque écriture témoignent d'une émergence lente et de longs tâtonnements. Dans ces documents, les hommes ont enregistré : des listes d'impôts et des recensements ; des traités et des lois, des correspondances entre souverains ou États ; des biographies de personnages importants ; des textes religieux et divinatoires. Ainsi l'écriture a-t-elle d'abord servi à noter les textes du pouvoir, économique, politique ou religieux. Par ailleurs, les premiers systèmes d'écriture étaient compliqués. Leur apprentissage était long et réservé à une élite sociale voulant naturellement défendre ce statut privilégié et qui ne pouvait guère être favorable à des simplifications tendant à faciliter l'accès à l'écriture, instrument de leur pouvoir.

À partir du IIIe millénaire avant J.-C., toutes les grandes cultures du Proche-Orient ont inventé ou emprunté un système d'écriture. Les systèmes les plus connus, et qui ont bénéficié de la plus grande extension dans le monde antique, demeurent ceux de l'écriture hiéroglyphique égyptienne et de l'écriture cunéiforme, propre à la Mésopotamie. L'écriture égyptienne est utilisée dans la vallée du Nil, jusqu'au Soudan, sur la côte cananéenne et dans le Sinaï. Mais, pendant près d'un millénaire, l'écriture cunéiforme est, avec la langue sémitique (l'assyro-babylonien) qu'elle sert à noter, le premier moyen de communication international de l'histoire. L'Élam (au sud-ouest de l'Iran), les mondes hittite (en Anatolie) et hourrite (en Syrie du Nord), le monde cananéen (en Phénicie et en Palestine) ont utilisé la langue et l'écriture mésopotamienne pour leurs échanges diplomatiques et commerciaux, mais aussi pour rédiger et diffuser leurs propres œuvres littéraires et religieuses. Pour leur correspondance diplomatique, les pharaons du Nouvel Empire avaient eux-mêmes des scribes experts dans la lecture des textes cunéiformes.
À la même époque, d'autres systèmes d'écriture sont apparus, mais leur extension est limitée : en Anatolie, le monde hittite utilise une écriture hiéroglyphique qui ne doit rien à l'Égypte. Dans le monde égéen, les scribes crétois inventent une écriture hiéroglyphique, puis linéaire, de 80 signes environ, reprise par les Mycéniens.
Au Ier millénaire, l'apparition de l'alphabet marque une histoire décisive dans l'histoire de l'écriture. Depuis des siècles, l'Égypte dispose, au sein de son écriture nationale, du moyen de noter les consonnes. Au xive siècle avant J.-C., les scribes d'Ougarit gravent sur des tablettes d'argile des signes cunéiformes simplifiés et peu nombreux, puisqu'ils ne sont que 30, correspondant à la notation de 27 consonnes et de 3 valeurs vocaliques. Mais les uns et les autres ne font pas école. Ce n'est qu'après le xie siècle que le système d'écriture alphabétique se généralise à partir de la côte phénicienne. Une révolution sociale accompagne cette innovation radicale : les scribes, longuement formés dans les écoles du palais et des temples, voient leur rôle et leur importance diminuer.

LE SYSTÈME CUNÉIFORME

Le premier système d'écriture connu apparaît dans la seconde moitié du IVe millénaire avant notre ère, en basse Mésopotamie, pour transcrire le sumérien. Dans l'ancienne Mésopotamie, les premiers signes d'écriture sont apparus pour répondre à des besoins très concrets : dénombrer des biens, distribuer des rations, etc. Comme tous les systèmes d'écriture, celui-ci apparaît donc d'abord sous forme de caractères pictographiques, dessins schématisés représentant un objet ou une action. Le génie de la civilisation sumérienne a été, en quelques siècles, de passer du simple pictogramme à la représentation d'une idée ou d'un son : le signe qui reproduit à l'origine l'apparence de la flèche (ti en sumérien) prend la valeur phonétique ti et la signification abstraite de « la vie », en même temps que sa graphie se stylise et, en s'amplifiant, ne garde plus rien du dessin primitif.

LES PICTOGRAMMES DE L'ÉCRITURE CUNÉIFORME
Trouvées sur le site d'Ourouk IV, de petites tablettes d'argile portent, tracés avec la pointe d'un roseau, des pictogrammes à lignes courbes, au nombre d'un millier, chaque caractère représentant, avec une schématisation plus ou moins grande et sans référence à une forme linguistique, un objet ou un être vivant. L'ensemble de ces signes, qui dépasse le millier, évolue ensuite sur deux plans. Sur le plan technique, les pictogrammes connaissent d'abord une rotation de 90° vers la gauche (sans doute parce que la commodité de la manipulation a entraîné une modification dans l'orientation de la tablette tenue en main par le scribe) ; ultérieurement, ces signes ne sont plus tracés à la pointe sur l'argile, mais imprimés, dans la même matière, à l'aide d'un roseau biseauté, ce qui produit une empreinte triangulaire en forme de « clou » ou de « coin », cuneus en latin, d'où le nom de cunéiforme donné à cette écriture.

LE SENS DES PICTOGRAMMES CUNÉIFORMES
Sur le plan logique, l'évolution est plus difficile à cerner. On observe cependant, dès l'époque primitive, un certain nombre de procédés notables. Ainsi, beaucoup de ces signes couvrent une somme variable d'acceptions : l'étoile peut tour à tour évoquer, outre un astre, « ce qui est en haut », le « ciel » et même un « être divin ». Par ailleurs, les sumériens ne se sont pas contenté de représenter un objet ou un être par un dessin figuratif : ils ont également noté des notions abstraites au moyen de symboles. C'est ainsi que deux traits sont parallèles ou croisés selon qu'ils désignent un ami ou un ennemi.
Le sens peut aussi procéder de la combinaison de deux éléments graphiques. Par exemple, en combinant le signe de la femme et celui du massif montagneux, on obtient le sens d'« étrangère », « esclave ».
Tous ces signes, appelés pictogrammes par référence à leur tracé, sont donc aussi des idéogrammes, terme qui insiste sur leur rôle sémantique (leur sens) et indique de surcroît leur insertion dans un système. L'écriture cunéiforme dépasse ensuite ce stade purement idéographique. Un signe dessiné peut aussi évoquer le nom d'une chose, et non plus seulement la chose elle-même. On recourt alors au procédé du rébus, fondé sur le principe de l'homophonie (qui ont le même son). Ce procédé permet de noter tous les mots et ainsi des messages plus élaborés.

L'ÉCRITURE DES AKKADIENS
Cependant, les Sumériens considèrent les capacités phonétiques des signes, nouvellement découvertes, comme de simples appoints à l'idéographie originelle, et font alterner arbitrairement les deux registres, idéographique et phonographique. Lorsque les Akkadiens empruntent ce système vers − 2300, ils l'adaptent à leur propre langue, qui est sémitique, et font un plus grand usage du phonétisme, car, à la différence du sumérien, dont les vocables peuvent se figurer par des idéogrammes toujours identiques, flanqués d'affixes qui déterminent leur rôle grammatical, l'akkadien renferme déclinaisons et conjugaisons.

L'ÉVOLUTION DU SUMÉRO-AKKADIEN
L'écriture suméro-akkadienne ne cesse d'évoluer et connaît notamment une expansion importante au IIe millénaire. Le cunéiforme est adopté par des peuples de l'Orient qui l’adaptent à la phonétique de leur langue : Éblaïtes, Susiens, Élamites, etc. Vers − 1500, les Hittites adoptent les cunéiformes babyloniens pour noter leur langue, qui est indo-européenne, associant leurs idéogrammes à ceux venus de Mésopotamie, qu'ils prononcent en hittite. L'ougaritique, connu grâce aux fouilles de Ras Shamra (l'antique Ougarit), dans l'actuelle Syrie, est un alphabet à technique cunéiforme ; il note plusieurs langues et révèle que, à partir de − 1400 environ, l'écriture en cunéiformes est devenue une sorte de forme « véhiculaire », simplifiée, servant aux échanges internationaux. Au Ier millénaire encore, le royaume d'Ourartou (situé à l'est de l'Anatolie) emprunte les caractères cunéiformes (vers − 800) et ne les modifie que légèrement. Enfin, pendant une période assez brève (vie-ive s. avant notre ère), on utilise un alphabet à technique cunéiforme pour noter le vieux perse. Au Ier millénaire, devant les progrès de l'alphabet et de la langue des Araméens (araméen), l'akkadien devient une langue morte ; le cunéiforme ne se maintient que dans un petit nombre de villes saintes de basse Mésopotamie, où il est utilisé par des Chaldéens, prêtres et devins, jusqu'au ier s. après J.-C., avant de sombrer dans l'oubli.

DU HIÉROGLYPHE AU DÉMOTIQUE

Hiéroglyphes
Tout d'abord hiéroglyphique, l'écriture égyptienne évolue en se simplifiant vers une écriture plus maniable, et d'un usage quotidien. Le hiéroglyphe est une unité graphique utilisée dans certaines écritures de l'Antiquité, comme l'égyptien. Les premiers témoignages « hiéroglyphiques » suivent de quelques siècles les plus anciennes tablettes sumériennes écrites en caractères cunéiformes. Le mot « hiéroglyphe », créé par les anciens Grecs, fait état du caractère « sacré » (hieros) et « gravé » (gluphein) de l'écriture égyptienne monumentale, mais n'est réservé à aucun système d'écriture particulier. On désigne par le même terme les écritures crétoises du minoen moyen (entre 2100 et 1580 avant J.-C.), que l'on rapproche ainsi des signes égyptiens, mais qui demeurent indéchiffrées.

LES HIÉROGLYPHES ÉGYPTIENS
La langue égyptienne est une langue chamito-sémitique dont la forme écrite n'est pas vocalisée. Vers 3000 avant J.-C., l'Égypte possède l'essentiel du système d'écriture qu'elle va utiliser pendant trois millénaires et dont les signes hiéroglyphiques offrent la manifestation la plus spectaculaire. Quelque 700 signes sont ainsi créés, beaucoup identifiables parce que ce sont des dessins représentant des animaux, un œil, le soleil, un outil, etc.
Cette écriture est d'abord pictographique (un signe, dessiné, représente une chose ou une action). Mais dès l'origine, l'écriture égyptienne eut recours, à côté des signes-mots (idéogrammes), à des signes ayant une valeur phonétique (phonogrammes), où un signe représente un son. Le dessin du canard représente l'animal lui-même, mais canard se disant sa, le même signe peut évoquer le son sa, qui sert aussi à désigner le mot « fils ». Pour éviter au lecteur confusions ou hésitations, le scribe a soin de jalonner son texte de repères : signalisation pour désigner l'emploi du signe comme idéogramme (signe-chose, représentant plus ou moins le sens du mot) ou phonogramme, et compléments phonétiques qui indiquent la valeur syllabique. Il existe également des idéogrammes déterminatifs, qui ne se lisent pas, mais qui indiquent à quelle catégorie appartient le mot. Les signes peuvent être écrits de gauche à droite ou de droite à gauche.
On distingue trois types d'écriture égyptienne : l'écriture cursive ou hiératique, tracée sur papyrus, l'écriture démotique, plus simplifiée que l'écriture hiératique, et l'écriture hiéroglyphique proprement dite, c'est-à-dire celle des monuments, antérieure à 2500 avant J.-C. Ces hiéroglyphes, gravés à l'origine dans la pierre, en relief ou en creux, peuvent être disposés verticalement ou horizontalement, comme ils peuvent se lire de droite à gauche ou de gauche à droite, le sens de la lecture étant indiqué par la direction du regard des êtres humains et des animaux, toujours tourné vers le début du texte.
L'écriture hiéroglyphique apparaît toute constituée dès les débuts de l'histoire (vers 3200 avant J.-C.) ; la dernière inscription en hiéroglyphes, trouvée à Philae, date de 394 après J.-C.

LE SYSTÈME DE L'ÉCRITURE ÉGYPTIENNE
Les idéogrammes peuvent être des représentations directes ou indirectes, grâce à divers procédés logiques :
– la représentation directe de l'objet que l'ont veut noter ;
– la représentation par synecdoque ou métonymie, c'est-à-dire en notant la partie pour le tout, l'effet pour la cause, ou inversement : ainsi, la tête de bœuf représente cet animal ; deux yeux humains, l'action de voir ;
– la représentation par métaphore : on note, par exemple, la « sublimité » par un épervier, car son vol est élevé ; la « contemplation » ou la « vision », par l'œil de l'épervier, parce qu'on attribuait à cet oiseau la faculté de fixer ses regards sur le disque du Soleil ;
– représentation par « énigme » – le terme est de Champollion – ; on emploie, pour exprimer une idée, l'image d'un objet physique n'ayant qu'un rapport lointain avec l'objet même de l'idée à noter : ainsi, une plume d'autruche signifie la « justice », parce que, disait-on, toutes les plumes des ailes de cet oiseau sont parfaitement égales ; un rameau de palmier représente l'« année », parce que cet arbre était supposé avoir autant de rameaux par an que l'année compte de mois, etc.

L'ÉVOLUTION DE L'ÉCRITURE ÉGYPTIENNE

L'évolution des hiéroglyphes vers le phonétisme

À partir des idéogrammes originels, l'écriture égyptienne a évolué vers un phonétisme plus marqué que celui du cunéiforme. Selon le principe du rébus là aussi, on a utilisé, pour noter telle notion abstraite difficile à figurer, l'idéogramme d'un objet dont le nom a une prononciation identique ou très proche. Par exemple, le scarabée, khéper, a servi à noter la notion qui se disait également khéper, le « devenir ».
Poussé plus loin, le recours au phonétisme mène à l'acronymie. Un acronyme est en l'occurrence une sorte de sigle formé de toute consonne initiale de syllabe. Apparaissent ainsi des acronymes trilitères et bilitères (nfr, « cœur » ; gm, « ibis »), ainsi que des acronymes unilitères (r, « bouche »), qui constituent une espèce d'alphabet consonantique de plus de vingt éléments.
Mais le fait de noter exclusivement les consonnes entraîne beaucoup trop d'homonymies. Pour y remédier, on utilise certains hiéroglyphes comme déterminatifs sémantiques destinés à guider l'interprétation sémantique des mots écrits phonétiquement. Par exemple, le signe du « Soleil », associé à la « massue », hd, et au « cobra », dj, qui jouent un rôle phonétique, mène à la lecture hedj, « briller ».C'est dans la catégorie des déterminatifs qu'entre le cartouche, encadrement ovale signalant un nom de souverain. Quelle que soit sa logique, cette écriture est d'un apprentissage et d'une lecture difficiles, et se prête peu à une graphie rapide.

L'écriture hiératique

Sur le plan technique, si la gravure dans la pierre s'accommode de ces formes précises, l'utilisation du roseau ou du pinceau sur du papyrus ou de la peau entraîne une écriture plus souple. Les hiéroglyphes sont simplifiés pour aboutir à deux formes cursives : l'écriture hiératique (usitée par les prêtres) et l'écriture démotique (servant à la rédaction de lettres et de textes courants). Tracée sur papyrus à l'aide d'un roseau à la pointe écrasée, trempée dans l'encre noire ou rouge, l'écriture hiératique est établie par simplification et stylisation des signes hiéroglyphiques. Avec ses ligatures, ses abréviations, elle sert aux besoins de la vie quotidienne : justice, administration, correspondance privée, inventaires mais aussi littérature, textes religieux, scientifiques, etc.

Le démotique
Vers 700 avant J.-C., une nouvelle cursive, plus simplifiée, remplace l'écriture hiératique. Les Grecs lui donnent le nom de « démotique », c'est-à-dire « (écriture) populaire », car elle est d'un usage courant et permet de noter les nouvelles formes de la langue parlée. Utilisée elle aussi sur papyrus ou sur ostraca (tessons de poterie), cette écriture démotique suffit à tous les usages pendant plus de 1000 ans, exception faite des textes gravés sur les monuments, qui demeurent l'affaire de l'hiéroglyphe, et des textes religieux sur papyrus pour lesquels on garde l'emploi de l'écriture hiératique.
Sur le plan fonctionnel, les Égyptiens, tout comme les Sumériens, n'ont pas exploité pleinement leurs acquis et se sont arrêtés sur le chemin qui aurait pu les mener à une écriture alphabétique. Demeuré longtemps indéchiffrable, le système d’écriture égyptien fut décomposé et analysé par Champollion (1822) grâce à la découverte de la pierre de Rosette, qui portait le même texte en hiéroglyphe, en démotique et en grec.

LES ÉCRITURES ANCIENNES DÉCHIFFRÉES
Alliant érudition, passion et intuition, les chercheurs du xixe s. déchiffrent les écritures des civilisations mésopotamiennes et égyptiennes.
Dans leurs travaux, ils durent résoudre deux problèmes : celui de l'écriture proprement dite, d'une part ; celui de la langue pour laquelle un système d'écriture était employé, d'autre part. Le document indispensable fut donc celui qui utilisait au moins deux systèmes d'écriture (ou davantage) dont l'un était déjà connu : la pierre de Rosette, rédigé en 2 langues et trois systèmes d’écritures (hiéroglyphe, démotique et grec) permit de déchiffrer les hiéroglyphes, grâce à la connaissance du grec ancien. Les savants durent ensuite faire l'hypothèse que telle ou telle langue avait été utilisée pour rédiger un texte donné ; Jean-François Champollion postula ainsi que la langue égyptienne antique a survécu dans la langue copte, elle-même conservée dans la liturgie de l'église chrétienne d'Égypte. De même le déchiffreur de l’écriture cunéiforme, sir Henry Creswicke Rawlinson, une fois les textes en élamite et vieux-perse de Béhistoun mis au point, fit l'hypothèse, avec d'autres chercheurs, que le texte restant était du babylonien, et qu'il s'agissait d'une langue sémitique dont les structures pouvaient être retrouvées à partir de l'arabe et de l'hébreu.

LES DÉCHIFFREURS
1754 : l'abbé Barthélemy propose une lecture définitive des textes phéniciens et palmyriens.
1799 (2 août) : mise au jour de la pierre de Rosette, dans le delta du Nil, portant copie d'un décret de Ptolémée V Épiphane (196 avant J.-C.) rédigé en trois écritures, hiéroglyphique, hiératique et grecque.
1822 : Lettre à Monsieur Dacier, de J.-F. Champollion, où ce dernier expose le principe de l'écriture égyptienne.
1824 : parution du Précis du système hiéroglyphique rédigé par Champollion.
À partir de 1835 : l'Anglais H. C. Rawlinson copie, à Béhistoun, en Iran, une inscription célébrant les exploits de Darius Ier (516 avant J.-C.) rédigée selon trois systèmes d'écriture cunéiforme, en vieux-perse, en élamite et en babylonien (akkadien), langues jusqu'alors inconnues.
1845 : le texte en vieux-perse est déchiffré par Rawlinson.
1853 : le texte en élamite est déchiffré par E. Norris.
1857 : un même texte babylonien est confié à quatre savants qui en proposent des traductions identiques.
1858 : Jules Oppert publie son Expédition scientifique en Mésopotamie, qui contribue au déchiffrement du cunéiforme.
1905 : F. Thureau-Dangin établit l'originalité de l'écriture et du système linguistique des Sumériens.
1917 : le Tchèque Hrozny établit que les textes hittites, écrits en caractères cunéiformes, servent à noter une langue indo-européenne, désormais déchiffrée.
1945 : découverte d'une stèle bilingue à Karatépé, en Cilicie ; la version phénicienne du texte permet de déchiffrer un texte louwite (proche du hittite) noté en écriture hiéroglyphique.
1953 : les Anglais M. Ventris et J. Chadwick établissent que les textes rédigés en écriture dite « linéaire B » sont du grec archaïque (mycénien) ; le linéaire B est une écriture syllabique comprenant environ 90 signes.

LA « LANGUE GRAPHIQUE » DES CHINOIS
Après les écritures sumérienne et égyptienne, l'écriture chinoise est la troisième écriture importante à avoir découpé les messages en mots. Mais elle n'a pas évolué comme les deux autres, car, à la différence de tous les systèmes d'écriture, qui sont parvenus, à des degrés divers, à exprimer la pensée par la transcription du langage oral, l'écriture chinoise note une langue conçue en vue de l'expression écrite exclusivement, et appelée pour cette raison « langue graphique ».

L'ÉVOLUTION DES IDÉOGRAMMES CHINOIS
Les premiers témoignages de l’écriture chonoise datent du milieu du IIe millénaire avant J.-C. : ce sont des inscriptions divinatoires, gravées sur des carapaces de tortues ou des omoplates de bœufs. Les devins y gravaient les questions de leurs « clients » puis portaient contre ce support un fer chauffé à blanc et interprétaient les craquelures ainsi produites. Ce type d’écriture a évolué à travers le temps et les différents supports : inscriptions sur des vases de bronze rituels aux alentours du ixe s. ; écriture sigillaire, gravée dans la pierre ou l'ivoire, au milieu du Ier millénaire ; caractères « classiques », peints au pinceau, à partir du iie s. avant J.-C. Ces derniers signes ont traversé deux millénaires ; en 1957, une réforme en a simplifié un certain nombre.

LE FONCTIONNEMENT DE L'ÉCRITURE CHINOISE

Écriture chinoise
Sur le plan fonctionnel, les pictogrammes originels ont évolué vers un système d'écriture où les éléments sont dérivés les uns des autres. Soit le caractère de l'arbre (mu) : on peut en cocher la partie basse pour noter « racine » (ben), ou la partie haute pour « bout, extrémité » (mo) ; on peut aussi lui adjoindre un deuxième arbre pour noter « forêt » (lin), un troisième pour noter « grande forêt », et ultérieurement « nombreux », « sombre » (sen).
Un dérivé peut servir à son tour de base de dérivation. Ainsi, le pictogramme de la « servante », de l'« esclave », figurant une femme et une main droite (symbole du mari et du maître), est associé au signe du cœur, siège des sentiments, pour signifier la « rage », la « fureur », éprouvée par l'esclave.
Cette langue graphique use également d'indicateurs phonétiques. Ainsi, le caractère de la femme, flanqué de l'indicateur « cheval » (mâ), note « la femme qui se prononce comme le cheval » (au ton près), c'est-à-dire la « mère » (m"a) ; si l'on associe « cheval » avec « bouche », on note la particule interrogative (ma) ; avec deux « bouches », le verbe « injurier ».
Inversement, le caractère chinois peut être lu grâce au déterminatif sémantique. Ces déterminatifs, ou clés (au nombre de 540 au iie s. après J.-C., réduits à 214 au xviie s., et portés à 227, avec des modifications diverses, en 1976), sont des concepts destinés à orienter l'esprit du lecteur vers telle ou telle catégorie sémantique. Le même signe signifiera « rivière » s'il est précédé de la clé « eau », et « interroger » s'il est précédé de la clé « parole ».
Le système chinois repose donc sur le découpage de l'énoncé en mots. Il semble que, de l'autre côté du Pacifique, et au xvie s. de notre ère seulement, à la veille de la conquête espagnole, les glyphes précolombiens (que nous déchiffrons très partiellement à ce jour, malgré des progrès dans la lecture des glyphes mayas) présentent des similitudes avec cette écriture. Mais ils ne se sont pas entièrement dégagés de la simple pictographie.

L'AVENTURE DURABLE DE L'ALPHABET
LA NAISSANCE DE L'ALPHABET
L'invention de l'alphabet (dont le nom est forgé par les Grecs sur leurs deux premières lettres alpha et bêta) se situe au IIe millénaire avant notre ère en Phénicie. Deux peuples y jouent un rôle important, les Cananéens et, à partir du xiie s. avant J.-C., les Araméens ; ils parlent chacun une langue sémitique propre et utilisent l'akkadien, écrit en cunéiformes, comme langue véhiculaire. Dans les langues sémitiques, chacun des « mots » est formé d'une racine consonantique qui « porte » le sens, tandis que les voyelles et certaines modifications consonantiques précisent le sens et indiquent la fonction grammaticale. Cette structure n'est sans doute pas étrangère à l'évolution de ces langues vers le principe alphabétique, et plus précisément vers l'alphabet consonantique, à partir du système cunéiforme.

L'ALPHABET OUGARITIQUE
Le premier alphabet dont on ait pu donner une interprétation précise est l'alphabet ougaritique, apparu au moins quatorze siècles avant notre ère. Différent du cunéiforme mésopotamien, qui notait des idées (cunéiformes idéographiques), puis des syllabes (cunéiformes syllabiques), il note des sons isolés, en l'occurrence des consonnes, au nombre de vingt-huit. Il a probablement emprunté la technique des cunéiformes aux Akkadiens, en pratiquant l'acrophonie (phénomène par lequel les idéogrammes d'une écriture ancienne deviennent des signes phonétiques correspondant à l'initiale du nom de l'objet qu'ils désignaient. Ainsi, en sumérien, le caractère cunéiforme signifiant étoile, et qui se lisait ana, finit par devenir le signe de la syllabe an) et en simplifiant certains caractères. La véritable innovation est celle des scribes d'Ougarit : gravés dans l'argile, comme les signes mésopotamiens, les caractères d'apparence cunéiforme sont en fait des lettres, déjà rangées dans l'ordre des futurs alphabets. C'est en cette écriture que les trésors de la littérature religieuse d'Ougarit, c'est-à-dire la littérature religieuse du monde cananéen lui-même, nous sont parvenus.

L'ALPHABET DE BYBLOS
Alors que l'« alphabet » ougaritique demeure réservé à cette cité, l'alphabet sémitique dit « ancien » est l'ancêtre direct de notre alphabet. Sa première manifestation en est, au xie s., le texte gravé sur le sarcophage d'Ahiram, roi de Byblos : 22 signes à valeur uniquement de consonnes. Cet alphabet apparaît donc à Byblos (aujourd'hui Djebaïl, au Liban), lieu d'échanges entre l'Égypte et le monde cananéen. Ce système est utilisé successivement par les Araméens, les Hébreux et les Phéniciens. Commerçants et navigateurs, ces derniers le diffusent au cours de leurs voyages, notamment vers l'Occident, vers Chypre et l'Égée, où les Grecs s'en inspirent pour la création de leur propre alphabet. Car ce sont les Grecs qui, au xie s. avant J.-C., emploient, pour la première fois au monde, un système qui note aussi bien les voyelles que les consonnes, constituant ainsi le premier véritable alphabet.
Pour les deux alphabets d'Ougarit et de Byblos, entre lesquels il ne devrait pas y avoir de continuité globale, il est frappant que l'ordre des lettres soit le même et corresponde à peu près à celui des alphabets ultérieurs. Cet ordre, dont l'origine reste mystérieuse, serait très ancien.

LA FORME ET LE NOM DES LETTRES
Mais quel critère a déterminé le choix de tel graphisme pour noter tel son ? D'où viennent les noms des lettres ? L'hypothèse retenue répond à ces deux questions à la fois : une lettre devait fonctionner à l'origine comme un pictogramme (A figurait une tête de bœuf) ; on a utilisé ce pictogramme pour noter le son initial du nom qui désignait telle chose ou tel être dans la langue (A utilisé pour noter « a », issu par acrophonie d'aleph, nom du bœuf en sémitique) ; enfin, on a donné à la lettre alphabétique nouvelle le nom de la chose que figurait le pictogramme originel (aleph est le nom de la lettre A). C'est sur cette hypothèse que s'est fondé l'égyptologue Alan Henderson Gardiner dans ses travaux sur les inscriptions dites « protosinaïtiques » découvertes dans le Sinaï. Elles sont antérieures au xve s. avant J.-C., présentent quelque signes pictographiques et notent une langue apparentée au cananéen. Les conclusions de Gardiner ne portent que sur quelques « lettres » de ce protoalphabet, mais elles semblent convaincantes et devraient permettre de repousser de cinq à sept siècles la naissance du système alphabétique.

LA CHAÎNE DES PREMIERS ALPHABETS
Des convergences dans la forme, le nom et la valeur phonétique des lettres établissent, entre les alphabets, une parenté incontestable. Pour l'araméen et le grec, celle-ci est collatérale : ils ont pour ancêtre commun le phénicien. De l'alphabet araméen dérivent l'hébraïque (iiie ou iie s. avant J.-C.) et probablement l'arabe (avant le vie s. après J.-C.), avec ses diverses adaptations, qui notent le persan ou l'ourdou, par exemple ; à moins qu'il ne faille distinguer une filière arabique qui aurait une parenté collatérale avec le phénicien. Du grec découle la grande majorité des alphabets actuels : étrusque (ve s. avant J.-C.), italiques puis latin (à partir du ve s. avant J.-C.), copte (iie-iiie s. après J.-C.), gotique (ive s.), arménien (ve s.), glagolitique et cyrillique (ixe s.). La propagation du christianisme joua un rôle majeur dans cette filiation : c'est pour les besoins de leur apostolat que des évangélisateurs, s'inspirant des alphabets grec ou latin dans lesquels ils lisaient les Écritures, constituèrent des alphabets adaptés aux langues des païens.

Quant aux alphabets asiatiques, au nombre d'au moins deux cents, on pense qu'ils remontent tous à l'écriture brahmi. La devanagari, par exemple, a servi à noter le sanskrit et note aujourd'hui le hindi. D’aucuns supposent que l'écriture brahmi aurait été elle-même créée d'après un modèle araméen. Selon cette hypothèse, tous les alphabets du monde proviendraient donc de la même source proche-orientale.

L'ALPHABET AUJOURD’HUI
Avec la grande extension de l'alphabet, la fonction de l'écrit a évolué. À la conservation de la parole, ou, sur une autre échelle, de la mémoire des hommes, s'est ajoutée l'éducation, l'œuvre de culture, souvent synonyme d'« alphabétisation ». Il existe bel et bien une civilisation de l'alphabet, accomplissement de celle de l'écriture, où un autodafé de documents écrits est considéré comme un acte de barbarie. Depuis le siècle dernier, une étape importante s'est amorcée avec la diffusion de l'alphabet latin hors de l'Europe occidentale, surtout pour noter des parlers encore non écrits, en Afrique ou dans l'ex-Union soviétique. En Turquie, par exemple, la réforme de 1928 (utilisation de l’alphabet latin, légèrement enrichi de diacritiques et d’une lettre supplémentaire) a permis de rapprocher le pays de la civilisation occidentale.

LINGUISTIQUE
L'écriture est un code de communication secondaire par rapport au langage articulé. Mais, contrairement à celui-ci, qui se déroule dans le temps, l'écriture possède un support spatial qui lui permet d'être conservée. La forme de l'écriture dépend d'ailleurs de la nature de ce support : elle peut être gravée sur la pierre, les tablettes d'argile ou de cire, peinte ou tracée sur le papyrus, le parchemin ou le papier, imprimée ou enfin affichée.
Selon la nature de ce qui est fixé sur le support, on distingue trois grands types d'écriture, dont l'apparition se succède en gros sur le plan historique, et qui peuvent être considérés comme des progrès successifs dans la mesure où le code utilisé est de plus en plus performant : les écritures synthétiques (dites aussi mythographiques), où le signe est la traduction d'une phrase ou d'un énoncé complet ; les écritures analytiques, où le signe dénote un morphème ; les écritures phonétiques (ou phonématiques), où le signe dénote un phonème ou une suite de phonèmes (syllabe).

LES ÉCRITURES SYNTHÉTIQUES
On peut classer dans les écritures synthétiques toutes sortes de manifestations d'une volonté de communication spatiale. Certains, d'ailleurs, préfèrent parler en ce cas de « pré-écriture », dans la mesure où ces procédés sont une transcription de la pensée et non du langage articulé. Quoi qu'il en soit, le spécialiste de la préhistoire André Leroi-Gourhan note des exemples de telles manifestations dès le moustérien évolué (50 000 ans avant notre ère) sous la forme d'incisions régulièrement espacées sur des os ou des pierres. À ce type de communication appartiennent les représentations symboliques grâce à des objets, dont un exemple classique, rapporté par Hérodote, est le message des Scythes à Darios ; il consistait en cinq flèches d'une part, une souris, une grenouille et un oiseau d'autre part, formes suggérées à l'ennemi pour échapper aux flèches. Ce genre de communication se retrouve un peu partout dans le monde dans les sociétés dites primitives. On peut ainsi signaler les systèmes de notation par nœuds sur des cordelettes (quipus des archives royales des Incas), mais la forme la plus courante d'écriture synthétique est la pictographie, c'est-à-dire l'utilisation de dessins figuratifs (pictogrammes), dont chacun équivaut à une phrase (« je pars en canot », « j'ai tué un animal », « je rentre chez moi », etc.) : c'est le système utilisé par les Inuits d'Alaska, les Iroquois et les Algonquins (wampums) ou encore par les Dakotas. Les limites de ces modes d'expression apparaissent évidentes : ils ne couvrent que des secteurs limités de l'expérience, ils ne constituent pas, comme le langage, une combinatoire.

LES ÉCRITURES ANALYTIQUES
Dans les écritures analytiques (dites aussi, paradoxalement, « idéographiques »), le signe ne représente pas une idée mais un élément linguistique (mot ou morphème), ce n'est plus une simple suggestion, c'est une notation. En réalité, le manque d'économie de ce système (il y aurait un signe pour chaque signifié) fait qu'il n'existe pas à l'état pur : toutes les écritures dites idéographiques comportent, à côté des signes-choses (idéogrammes), une quantité importante de signes à valeur phonétique, qu'il s'agisse des cunéiformes suméro-akkadiens, des hiéroglyphes égyptiens ou de l'écriture chinoise. Par exemple, en chinois, on peut distinguer, en gros, cinq types d'idéogrammes : les caractères représentant des objets, et qui sont, à l'origine, d'anciens pictogrammes (le soleil, la lune, un cheval, un arbre, etc.) ; les caractères évoquant des notions abstraites (monter, descendre, haut, bas) ; les caractères qui sont des agrégats logiques, formés par le procédé du rébus, en associant deux signes déjà signifiants (une femme sous un toit pourra dénoter la paix) ; les caractères utilisés pour noter des homophones : tel caractère désignant à l'origine un objet donné sera utilisé pour noter un mot de même prononciation mais de sens complètement différent ; les caractères qui sont des composés phonétiques, constitués, à gauche, d'un élément qui indique la catégorie sémantique (clef) et, à droite, d'un élément indiquant la prononciation (ce dernier type de caractère constitue jusqu'à 90 % des entrées d'un dictionnaire chinois). Cependant, l'écriture chinoise, malgré ses recours au phonétisme, n'est pas liée à la prononciation : elle peut être lue par les locuteurs des différents dialectes chinois, entre lesquels il n'y a pas d'intercompréhension orale ; elle sert, d'autre part, à noter des langues complètement différentes comme le lolo, l’ancien coréen (qui a depuis créé son propre alphabet, le hangul) ou le japonais, où les idéogrammes chinois coexistent avec une notation syllabique.

LES ÉCRITURES PHONÉTIQUES
Les écritures dites « phonétiques » témoignent d'une prise de conscience plus poussée de la nature de la langue parlée : les signes y ont perdu tout contenu sémantique (même si, à l'origine, les lettres sont d'anciens idéogrammes), ils ne sont plus que la représentation d'un son ou d'un groupe de sons. Trois cas peuvent se présenter, selon que le système note les syllabes, les consonnes seules ou les voyelles et les consonnes. Les syllabaires ne constituent pas toujours historiquement un stade antérieur à celui des alphabets. S'il est vrai que les plus anciens syllabaires connus (en particulier le cypriote) précèdent l'invention de l'alphabet (consonantique) par les Phéniciens, d'autres sont, au contraire, des adaptations d'alphabets : c'est le cas de la brahmi, ancêtre de toutes les écritures indiennes actuelles, qui procède de l'alphabet araméen, ou du syllabaire éthiopien, qui a subi des influences sémitiques et grecques.
Quant à la naissance de l'alphabet grec, elle a été marquée, semble-t-il, aussi bien par le modèle phénicien que par celui des syllabaires cypriote et crétois (linéaires A et B). Les systèmes syllabiques se caractérisent par leur côté relativement peu économique, puisqu'il faut, en principe, autant de signes qu'il y a de possibilités de combinaison voyelle-consonne. D'autre part, ils présentent l'inconvénient de ne pouvoir noter simplement que les syllabes ouvertes (C+V) ; en cas de syllabe fermée (C+V+C) ou de groupement consonantique (C+C+V), l'un des signes contiendra un élément vocalique absent de la prononciation.

       
Les alphabets consonantiques, dont le phénicien est historiquement le premier exemple, ne conviennent bien qu'à des langues ayant la structure particulière des langues sémitiques : la racine des mots y possède une structure consonantique qui est porteuse de leur sens, la vocalisation pouvant être devinée par l'ordre très rigoureux des mots dans la phrase, qui indique leur catégorie grammaticale et, par là même, leur fonction. L'alphabet araméen a servi de modèle à toute une série d'alphabets (arabe, hébreu, syriaque, etc.), ainsi qu'à des syllabaires (brahmi) ; l'alphabet arabe a servi et sert à noter des langues non sémitiques, non sans quelques difficultés (il a ainsi été abandonné pour le turc).

Alphabet grec
       
L'alphabet grec est historiquement le premier exemple d'une écriture notant à la fois et séparément les consonnes et les voyelles. Il a servi de modèle à toutes les écritures du même type qui existent actuellement : alphabets latin, cyrillique, arménien, géorgien, etc.

PÉDAGOGIE
L'apprentissage de l'écriture fait appel à une maîtrise de la fonction symbolique ainsi qu'à une maîtrise motrice de l'espace et du temps. Il s'effectue soit par l'étude progressive et linéaire des lettres, servant à former les mots (méthode analytique), soit par la compréhension directe des mots dans le contexte de la phrase, dont on décomposera seulement après les lettres (méthode globale d’Ovide Decroly). Mais ce sont de plus en plus des méthodes mixtes qui sont utilisées, intégrant parfois expression corporelle et exercices de motricité.

 

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