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LA MUSIQUE POUR SOIGNER LA MÉMOIRE

  Auteur : sylvain Date : 25/05/2017
 

 

 

 

 

 

 

Grâce aux travaux des neurosciences, on sait aujourd'hui que l'exposition à la musique a des effets positifs sur la mémoire, notamment chez les personnes atteintes d'Alzheimer. Le point sur les dernières découvertes, à l'occasion de la 2e édition de la Semaine de la mémoire à Caen et à Bordeaux.
La musique aurait-elle ce pouvoir extraordinaire de s’enraciner profondément dans notre mémoire et de réactiver des capacités cognitives qu’on croyait perdues à jamais ? Dans les institutions qui accueillent les malades d’Alzheimer, il est fréquent de voir des patients entonner avec une vitalité inattendue La Java bleue et autres chansons apprises dans leur jeunesse, alors qu’ils ne se souviennent plus de leur prénom. Dans le même registre, les cliniciens ont depuis longtemps constaté que certaines personnes victimes d’accident vasculaire cérébral (AVC) atteintes d’aphasie (troubles de la parole) étaient capables de fredonner les paroles de leurs chansons favorites sans difficulté d’élocution ou encore que des patients atteints par la maladie de Parkinson parvenaient à se déplacer lorsqu’ils synchronisaient leur marche sur un rythme ou un tempo musical. Comment expliquer ce phénomène ?

Le son traité de manière automatique par le cerveau

« Lorsque la musique nous parvient, précise Emmanuel Bigand1, professeur de psychologie cognitive à l’université de Bourgogne et directeur du Laboratoire d’études de l’apprentissage et du développement2, notre cerveau l’interprète à une vitesse de 250 millièmes de seconde, au cours de laquelle se joue une véritable symphonie neuronale. » Concrètement, le son est d’abord traité par le système auditif, puis interviennent différentes aires cérébrales impliquées dans la mémoire, les émotions, la motricité (la musique nous donne envie de battre du pied), le langage… sans compter l’activation des circuits neuronaux de la récompense (production de la dopamine) lorsque nous écoutons une musique plaisante.

Musicothérapie et Alzheimer Le son est d’abord traité par le système auditif (en rouge sur cette IRM), puis par les aires cérébrales impliquées dans la mémoire, les émotions, la motricité (la musique nous donne envie de battre du pied), ou encore le langage.
 
La musique est traitée par notre cerveau de manière automatique, sur un mode involontaire, et stockée dans notre mémoire « implicite ». « Beaucoup de nos connaissances et de nos représentations musicales sont acquises par exposition naturelle, précise Emmanuel Bigand. Bien avant de naître, le bébé mémorise les œuvres musicales et est capable de les reconnaître un an après sa naissance, sans les avoir réentendues. À l’autre extrémité de la vie, même lorsque les activités linguistiques disparaissent, notamment aux stades avancés de la maladie d’Alzheimer, la musique reste accessible. Non seulement, elle redonne le goût de communiquer, de sourire et de chanter, mais elle parvient à réveiller la mémoire et les événements qui lui sont associés. »

La mémoire
musicale active les
deux hémisphères,
notamment la
région de Broca :
celle du langage.
Hervé Platel3, professeur de neuropsychologie à l’université de Caen, est l’un des premiers chercheurs, dans les années 1990, à avoir observé le cerveau exposé à la musique. Grâce à l’imagerie par résonance magnétique (IRM), il a identifié les réseaux du cerveau impliqués dans la perception et la mémoire musicale. Jusqu’alors, et de manière empirique, on considérait que le cerveau gauche était celui du langage (notamment l’aire de Broca et de Wernicke) et le droit, celui de la musique, or c’est plus compliqué que cela.

La mémoire musicale partage ainsi avec celle des mots des zones de l’hémisphère gauche qui permet notamment de nommer le nom de l’œuvre musicale, alors que l’hémisphère droit assure l’analyse perceptive (on reconnaît une mélodie). « Cette spécificité confère à la mémoire musicale, une supériorité par rapport à la mémoire verbale, détaille le chercheur. Lorsqu’un malade présente une lésion à l’hémisphère gauche (langage), les aires homologues droites ne compensent généralement pas ce déficit. En revanche, le malade pourra généralement toujours percevoir, mémoriser la musique (sans la nommer) et en retirer du plaisir. »

Une persistance étonnante chez les malades d’Alzheimer

Cette persistance de la mémoire musicale s’observe particulièrement chez les malades d’Alzheimer, y compris dans les situations d’apprentissage. Des travaux réalisés par l’équipe d’Hervé Platel, en collaboration avec le docteur Odile Letortu, médecin dans l’unité Alzheimer de la maison de retraite Les Pervenches (Calvados), ont en effet montré que des patients (cas modérés et sévères de la maladie) a priori incapables de mémoriser une nouvelle information réussissaient à apprendre des chansons nouvelles (d’une dizaine de lignes) en moins de huit semaines (huit séances d’une heure tente). Et fait encore plus étonnant : certains d’entre eux s’en souvenaient et pouvaient entonner les mélodies quatre mois après l’arrêt de l’atelier.

Ces résultats ont conduit les chercheurs caennais à répliquer l’expérience. Ils ont fait écouter à des malades de nouveaux extraits musicaux et verbaux (poèmes et livres audio) pendant huit jours (à raison d’une fois par jour). Et, une fois encore, ont constaté que « les malades éprouvaient un sentiment de familiarité avec les mélodies écoutées deux mois et demi plus tôt, détaille le chercheur. En revanche, ils ne gardaient plus aucun souvenir des poèmes et des histoires entendus, ce qui confirme l’étonnant pouvoir de la musique à s’inscrire durablement dans le cerveau ».

Musicothérapie et Alzheimer Des patients atteints de la maladie d'Alzheimer, a priori incapables de mémoriser une nouvelle information, réussissent à apprendre des chansons nouvelles.

Une étude incluant un groupe de 40 malades d’Alzheimer (stades modérés et sévères) et un groupe de 20 patients appareillés est en cours pour identifier les aires impliquées dans l’acquisition de nouvelles informations. « La question qui se pose, s’interroge Hervé Platel, qui pilote cette recherche avec la chercheuse Mathilde Groussard, est de savoir si cette capacité d’apprentissage est liée aux zones cérébrales qui fonctionnent encore ou à un circuit de mémoire alternatif qui prendrait le relais. »

La musique contre le vieillissement cérébral

Quoi qu’il en soit, la mise en évidence de ces étonnantes aptitudes musicales chez les patients atteints par la maladie d’Alzheimer a favorisé la mise en place de nouvelles méthodes de prises en charge. Certaines structures d’accueil proposent désormais des dispositifs fondés sur la familiarisation comme l’utilisation d’une mélodie chantée familière pour aider à la ritualisation de l’activité toilette, ou la mise en place de bornes de musique spécifique à chaque salle d’activité afin d’aider les patients à se repérer dans l’espace et dans le temps.

Les sujets âgés
ayant une pratique
musicale de
quelques années
ont moins
de risque de
développer une
maladie neuro-
dégénérative.
Mais pour autant, peut-on parler d’effets thérapeutiques ? De nombreux travaux indiquent que, en cas de lésions cérébrales, la sollicitation des aires cérébrales impliquées dans le traitement de la musique avait un effet positif sur les aptitudes cognitives (attention, mémoire, traitement du langage) et contribuait à favoriser la plasticité cérébrale. « La répétition de stimuli musicaux contribue à favoriser les échanges d’informations entre les deux hémisphères et à augmenter le nombre de neurones qui assure cette communication, ce qui a pour effet de modifier la structure du cerveau. Chez les musiciens, ces modifications se traduisent par des changements visibles, sur le plan anatomique par exemple : une plus forte densité du corps calleux (réseau de fibres qui relient les deux hémisphères) par rapport aux non-musiciens », note Emmanuel Bigand.

En 2010, Hervé Platel et Mathilde Groussard ont pour la première fois mis en évidence l’effet de la pratique musicale sur la mémoire. Ils ont observé chez les musiciens une plus forte concentration de neurones dans l’hippocampe, région des processus mnésiques.

« Ce résultat confirme que la pratique de la musique stimule les circuits neuronaux de la mémoire et suggère qu’elle permettrait de contrer efficacement les effets du vieillissement cérébral. Plusieurs études ont ainsi montré que les sujets âgés ayant une pratique musicale de quelques années ont moins de risque de développer une maladie neurodégénérative », souligne le chercheur.

Des bénéfices à tous les âges

De même, la musique a des effets sur les aphasies (perte de l’usage de la parole) majoritairement consécutives aux AVC. En 2008, l’équipe de Teppo Sarkamo, du Centre de recherche sur le cerveau, à Helsinki, en Finlande, mettait en évidence les effets de récupération du fonctionnement cognitif et émotionnel de l’écoute musicale chez les victimes d’AVC.

Des travaux similaires ont lieu actuellement au CHU de Dijon sur l’impact d’une stimulation musicale précoce chez les patients touchés par un AVC. « Les premières observations montrent non seulement que les patients éprouvent du plaisir à écouter des musiques qui leur rappellent des souvenirs, mais qu’ils se mettent spontanément à fredonner ces mélodies, explique Emmanuel Bigand, qui pilote cette recherche. Cette réaction pourrait faciliter la réorganisation fonctionnelle indispensable à la restauration des compétences linguistiques. »

Alors devrions-nous tous écouter de la musique en boucle, chanter ou pratiquer un instrument pour stimuler notre cerveau et l’aider à lutter contre le vieillissement ? « Cela ne fait aucun doute », répondent de concert les chercheurs. « Les bénéfices sur le fonctionnement cognitif global du cerveau peuvent être observés à tous les âges, y compris chez les personnes âgées qui débutent tardivement la musique », précise Emmanuel Bigand, qui milite pour que, au même titre que le sport, la musique soit enseignée dès le plus jeune âge.

À lire aussi sur notre site : "Dans la tête de Dory, le poisson amnésique"

La Semaine de la mémoire, du 19 au 25 septembre 2016, à Caen (link is external) et à Bordeaux et sa région (link is external)
Une semaine en compagnie de chercheurs venus du monde entier pour partager les recherches et les découvertes sur la mémoire auprès du grand public.

 

Notes
1. Il a coordonné l’ouvrage Le Cerveau mélomane, paru en 2014 aux éditions Belin.
2. Unité CNRS/Univ. de Bourgogne.
3. Chercheur au laboratoire Neuropsychologie et imagerie de la mémoire (Inserm/EPHE/Unicaen), à l’université de Caen. Il est coauteur avec Francis Eustache et Bernard Lechevalier de l’ouvrage Le Cerveau musicien, paru en 2010 aux éditions De Boeck.


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PLANTON GÉANT ...

  Auteur : sylvain Date : 19/04/2017
 

 

 

 

 

 

 

Paris, 20 avril 2016
Du plancton géant passé inaperçu

Une équipe de biologistes marins et d'océanographes du CNRS, de l'UPMC1 et de l'institut allemand GEOMAR révèle l'importance dans toutes les mers du globe d'un groupe d'organismes planctoniques de grande taille, appelé Rhizaria, complètement sous-estimé jusqu'à présent. Selon leurs résultats, ces organismes représentent 33 % de l'abondance totale du plancton animal de grande taille à l'échelle de l'océan mondial et contribuent à 5 % de la biomasse marine globale. Cette étude a été menée sur des échantillons acquis au cours de onze campagnes océaniques (2008-2013) couvrant les principales régions océaniques du globe et incluant l'expédition Tara Oceans. Elle est publiée le 20 avril 2016 sur le site de la revue Nature (parution papier le 28 avril2).
Invisible à l'œil nu, le plancton marin n'en est pas moins un élément essentiel à l'équilibre de notre planète. Encore très largement méconnu, il rassemble des êtres microscopiques d'une variété étonnante qui produisent la moitié de l'oxygène sur Terre et sont à la base de la chaîne alimentaire océanique qui nourrit les poissons et les mammifères marins. Les rhizaires, de leur nom latin Rhizaria, sont un groupe d'organismes planctoniques de grande taille dont on ne soupçonnait pas l'importance jusqu'à présent. La plupart des estimations de la distribution des organismes marins sont menées localement (dans une zone marine définie) et s'appuient sur la collecte réalisée avec des filets à plancton. Même menée avec le plus grand soin, cette opération peut détériorer certains organismes fragiles comme les Rhizaria et ne pas permettre de les repérer.

Des biologistes marins et des océanographes ont uni leurs compétences afin d'analyser des échantillons prélevés au cours de onze campagnes en mer réalisées entre 2008 et 2013, à l'aide d'une technique moins « destructrice », à savoir une caméra immergée et déployée vers les profondeurs. Cette méthode d'imagerie in situ – sans prélèvement – a permis d'étudier les organismes directement dans leur environnement, sans les endommager. Au total, 877 stations (correspondant à 1 454 immersions de la caméra jusqu'à 1 500 mètres) ont été effectuées: elles couvrent toutes les grandes régions océaniques du globe. Ce sont au total 1,8 million d'images que les scientifiques ont analysées afin de quantifier l'abondance et la biomasse représentées par les Rhizaria3.

Et là, surprise : leurs estimations démontrent sans ambiguïté que les Rhizaria représentent plus d'un quart de l'abondance totale du plancton animal de grande taille dans le monde. Autre résultat : ils contribuent à hauteur de 5 % de la biomasse totale présente dans les océans (en considérant tous les organismes, du plancton à la baleine). La présence des Rhizaria dans tous les océans de notre planète était passée complètement inaperçue jusqu'à ce jour. Leur répartition reste toutefois inhomogène : ce plancton géant prédomine dans des zones pauvres en nutriments (situées au centre des grands océans), qui couvrent la plus grande partie des régions océaniques. Cette distribution pourrait s'expliquer par la capacité des Rhizaria à vivre en association (symbiose) avec des micro-algues, tout comme les coraux. Dans une symbiose, l'union entre les entités repose sur des échanges réciproques d'aliments : ainsi, en bénéficiant directement des produits de la photosynthèse, les Rhizaria parviendraient à survivre dans des eaux pauvres en nutriments. Le plancton continue à livrer peu à peu ses secrets, dévoilant une richesse et une diversité insoupçonnées.


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ATMOSPHÈRES -LIGETI

  Auteur : sylvain Date : 13/11/2016
 

 

 

 

 

 

 

ATMOSPHÈRE     LIGETI

     Galerie de portraits :
György Ligeti (1923 -2006), compositeur hongrois.


György Ligeti est avec (après ?) Bela Bartok (1881-1945) le plus important compositeur hongrois des temps modernes.  Un demi-siècle les sépare cependant et si Bartok est entré très tôt au Panthéon des classiques du 20ème siècle, il reste encore beaucoup à faire, en particulier auprès du public, pour que son cadet l'y rejoigne.  Espérons que cette modeste chronique y contribuera car une chose est sûre : si la musique de Ligeti est d'un accès parfois difficile, elle ne devrait laisser personne indifférent.

Je me conforme à l'usage en présentant Ligeti comme Hongrois, bien qu'il soit né en Transylvanie, une historique pomme de discorde entre la Hongrie et la Roumanie.  Membre effectif de la communauté hongroise de cette région, il a fini par mettre tout le monde d'accord en passant à l'Ouest et en prenant la nationalité autrichienne.

Ligeti tenait des propos ironiques - voire amers - sur ses racines, ce qui explique, en partie, qu'il se soit considéré, toute sa vie, comme un juif errant parmi les courants artistiques de l'époque. Laissons-lui la parole :

"Je suis né en Transylvanie et suis ressortissant roumain.  Cependant, je ne parlais pas Roumain dans mon enfance et mes parents n'étaient pas transylvaniens. [...] Ma langue maternelle est le Hongrois mais je ne suis pas un véritable Hongrois car je suis juif.  Mais n'étant pas membre d'une communauté juive, je suis un juif assimilé.  Je ne suis cependant pas tout à fait assimilé non plus car je ne suis pas baptisé".

La trajectoire musicale de Ligeti est sinueuse, à l'image de l'histoire de sa vie.  Déjà ses débuts furent difficiles : il dut se battre contre la volonté de son père qui le voyait physicien alors que c'était la musique qui l'attirait.  Ayant obtenu gain de cause, en partie parce que les lois antisémites lui interdisaient (providentiellement ?) l'entrée à l'Université, il commença ses études musicales à Cluj, en Roumanie, et dut attendre la fin de la guerre pour les compléter à l'Académie Franz Liszt de Budapest.

On distingue clairement trois manières dans la production de Ligeti.

 

Première manière.

La période hongroise du compositeur "pré-Ligeti" comme il la nommait lui-même, sans que cela ait jamais impliqué le moindre reniement de sa part, fut naturellement influencée par la personnalité et les recherches de Bela Bartok.  Comme lui, il s'est intéressé aux chants populaires de Transylvanie.  Il a d'ailleurs séjourné un temps, en 1949, à l'Institut du Folklore de Bucarest, retranscrivant quantité de mélodies enregistrées sur des rouleaux de cire.  Ligeti s'est, comme Bartok, composté un terreau de folklore imaginaire qu'il utilisera pour fertiliser ses créations ultérieures.

Ses premières œuvres sont directement issues de cette démarche :

- La courte Sonatina pour piano à 4 mains, datée de 1950, est un exemple parfait d'assimilation du patrimoine populaire. En voici le finale :   .

- Le Concerto Roumain (1951) date également de cette époque et il ne peut davantage cacher sa couleur locale, en particulier dans le Molto Vivace final  , qui fait penser aux rapsodies roumaines de George Enescu (1881-1955) (Notamment la première, opus 11, datée de 1901).

- Six bagatelles (1953) pour piano que je vous propose dans une transcription pour instruments à vents.  Elles sont extraites d'un CD anthologique par ailleurs fort réjouissant, excellemment interprété par le Quintette Domus.   Il vaut le détour, comme on dit chez Michelin.

Ligeti a souffert de l'isolement intellectuel et musical sévissant de l'autre côté du rideau de fer.  Même les émissions radiophoniques en provenance de l'Ouest étaient systématiquement brouillées.  Parfaitement conscient qu'il était artificiellement maintenu à l'écart de la modernité, il en conçut un sentiment de révolte l'encourageant à écrire (provisoirement pour les tiroirs !) une musique radicalement à l'opposé de ce qui était admis.  Une musique "noire" comme il aimait l'appeler par opposition à la musique "rouge".

Le grand chef-d'œuvre de cette époque est le Premier Quatuor à cordes "Métamorphoses nocturnes" (1954) qui propose, sans interruption notable, 17 épisodes contrastés, sorte de cycle de variations sans thème.  Cette œuvre phare du 20ème siècle est unique en son genre, ni tonale ni atonale, allant plutôt dans le sens d'un chromatisme intégral.  Elle a été enregistrée à de multiples reprises mais vous privilégierez, à ce jour, les enregistrements des quatuors Hagen et Artemis.  Si vous souhaitez vous livrer au jeu des comparaisons - mouvement après mouvement - prenez garde au fait que les Hagen joue la version originale de l'œuvre au découpage différent.  Plus nerveuse, cette version a ma préférence.  Voici un extrait plus long :   .

 

Deuxième manière.

1956 signe l'invasion de la Hongrie par les troupes russes : autant dire que Ligeti se sentit de plus en plus à l'étroit.  Il passa la frontière en cachette et se débrouilla pour être admis aux studios de Cologne où "travaillaient" Stockhausen, Boulez, Berio et Kagel.  On peut être surpris d'apprendre que des musiciens puissent travailler mais je n'ai pas trouvé d'autres mots pour qualifier leurs recherches électro-acoustiques consistant à pister la "musique" sur bandes magnétiques.

Encouragé par ses nouveaux mentors, Ligeti expérimenta lui aussi, avec un succès plutôt mitigé. Depuis qu'un demi-siècle a passé, il ne reste plus grand-chose de ses créations, à l'image des sculptures métalliques rouillées qu'on rencontre parfois au détour d'une promenade urbaine. De fait, Artikulation et "Glissandi" ont vieilli avant l'âge.

Le succès ne fut pas davantage au rendez-vous avec Aventures et "Nouvelles Aventures" qui ont tenté de théâtraliser la voix humaine en lui imposant tout ce qu'elle n'est pas sensée faire : soupirer, grogner, crier, rire, … .

Poème symphonique pour 100 métronomes est une pièce au caractère ludique, d'une durée ad libitum et mettant en scène 100 métronomes préréglés sur des fréquences et des minutages différents.  On devine l'effet produit par autant de cliquetis qui se déphasent et se rephasent puis finissent par s'éteindre, un à un.  On a dit de cette pièce qu'elle était un pied de nez à l’intelligentsia avant-gardiste (dont il faisait partie), inspirée notamment par les jeux de l’américain John Cage (1912-1992).  Si elle créa un véritable scandale lors de sa première représentation, elle a récemment été récupérée avec un certain bonheur par la troupe chorégraphique de Anne Térésa De Keersmaeker.

Rassurez-vous, toute l'œuvre de Ligeti n'est pas iconoclaste.  Apparitions (1959) et Atmosphères (1961), bien que dépourvues de structures motiviques ou rythmiques perceptibles, jouent intelligemment avec les notions de timbre et de volume sonores.

 
Le lac d'Annecy (Paul Cézanne)
Atmosphères est, aux dires du compositeur, une œuvre manifeste qui ne désire se réfugier ni dans la mélodie ni dans l'harmonie.  Largement statique, elle cherche un équivalent musical aux leçons de peinture de Paul Cézanne (1839-1906) où la couleur remplace les contours et où les contrastes de poids et de volumes engendrent les formes.  Le compositeur recommande de se laisser porter par le courant musical global sans chercher à tenter une lecture analytique locale.  Jugez vous-mêmes si vous voyez le rapport convoité entre la musique et la peinture qui l'a inspirée.

Lontano (1967), sans doute l'une des œuvres les plus célèbres de cette période, tire son pouvoir de séduction de lents canons qui se développent à l'unisson. L'atmosphère créée préfigure le courant minimaliste d'Ingram Marshall (1942- ).

Lux Aeterna (1966) est une autre œuvre emblématique de Ligeti.  Elle doit une part de son succès au fait d'avoir été utilisée par le cinéaste Stanley Kubrick dans son film culte "2001, L'Odyssée de l'Espace".  Incidemment, dans le même film, on entend également des extraits du Requiem et d'Atmosphères.  Kubrick était apparemment un "fan" de Ligeti : il a aussi utilisé Musica Ricercata dans "Eyes Wide Shut" et Lontano dans "The Shining".  Le cinéaste a ainsi contribué à vulgariser une musique largement ignorée du grand public.  Cette démarche n'est jamais innocente : on se rappellera combien de cinéphiles on découvert, naguère, la musique de Gustav Mahler (1860-1911) en visionnant "Mort à Venise" de Visconti.

Le Deuxième Quatuor (1968) date de la même période et le contraste avec le premier est d'autant plus saisissant qu'ils sont généralement couplés au disque.  Cinq mouvements où les indications gestuelles remplacent les consignes musicales : "Come un meccanismo di precisione" ponctue le troisième mouvement qui pratique la répétition d’un même son dans plusieurs voix, à des vitesses presque identiques créant des déphasages évoluant lentement dans le temps.  On fera bien de n'aborder cette musique sans concessions qu'après assimilation parfaite du Premier Quatuor, nettement plus abordable.

Ramifications (1969), pour double orchestre à cordes, accorde un quart de ton plus bas six des 12 cordes requises, ce qui provoque des battements sonores irréguliers.

On monte, de temps à autre, l'unique opéra de Ligeti, "Le grand Macabre (1977)", d'après l'œuvre de Michel de Ghelderode.  Comme souvent avec l'opéra contemporain, le spectacle vaut ce qu'en vaut la mise en scène : isolée de son contexte, la musique est inécoutable.  On peut écouter "Orfeo", "Les Noces de Figaro", le "Ring" ou "Fidelio" sur une installation domestique car la musique et le chant se suffisent à eux-mêmes mais cela est radicalement impossible avec certains opéras modernes et "Le grand Macabre" n'échappe pas à cette règle. Vous apprécierez peut-être la scénographie pour le moins inventive de la célèbre compagnie catalane,La Fura dels Baus.

 

Troisième manière.
Insensiblement Ligeti a, comme beaucoup de compositeurs de sa génération - Rochberg, Schnittke, Penderecki, Rautavaara, Pärt, etc - adouci les contours de son oeuvre afin de renouer avec un plus large public.

Aucune date charnière ne peut être véritablement proposée : la dernière manière de Ligeti s'installe définitivement au début des années 1980 mais le Concerto pour Violoncelle de 1966 fait déjà état de changements notables.  Notez que si Ligeti revient à une écriture plus traditionnelle, elle reste éminemment personnelle.  C'est l'époque des grands concertos (4 cors, piano, violon et violoncelle) ou des Trois Livres d'études pour le piano (L'escalier du Diable, 13ème étude du livre 2, que Greg Anderson joue avec un punch dévastateur).

Les concertos pour violoncelle (1966), pour piano (1985-88) et pour violon (1992) ont précisément été enregistrés chez DGG par l'Ensemble Intercontemporain sous la direction de Pierre Boulez et les solistes, dans l'ordre, Jean-Guilhen Queyras, Pierre-Laurent Aimard et Saschko Gawriloff.  Ce CD est incontournable pour tout amateur de musique moderne.  Le Concerto pour violon est un pur chef-d'œuvre (2ème mouvement, Aria, Hoquetus & Choral  ) .

Le label Sony a entrepris d'enregistrer l'œuvre (complète ?) de Ligeti.  Sept volumes ont, à ma connaissance, paru à ce jour et il me semble que le rythme des parutions s'essouffle.  Moins ambitieux mais au bilan plus convaincant, le label Teldec s'est contenté de 5 CD dans son Ligeti Project.  Le Volume 2 est particulièrement recommandable qui regroupe Lontano, Atmosphères, Apparitions, San Francisco Polyphony et le Concerto Roumain.

Ligeti fut, toute sa vie, un chercheur inlassable.  Il revendiquait d'ailleurs le droit à l'expérimentation de formules nouvelles d'où on lui concèdera celui à l'erreur occasionnelle.  Après tout, une expérience n'est jamais assurée de réussir et on apprend tout autant de celles qui ratent que de celles qui réussissent.  Une évolution est cependant clairement perceptible dans son œuvre avec un retour évident à une tonalité de plus en plus affirmée vers la fin de sa vie.  Seules, les recherches rythmiques sont en permanence restées au cœur de sa démarche créatrice.

Ligeti demeure, pour la postérité, l'un des rares musiciens de la deuxième moitié du 20ème siècle ayant réussi à imposer une forme de modernité située à égales distances de l'avant-garde postsérielle, des tendances néo-classique ou romantique et du mouvement minimaliste.  C'est sans doute cette indépendance, en partie explicable par sa marginalité de départ, qui rend sa musique unique en son genre.

 

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LE CERVEAU ...

  Auteur : sylvain Date : 06/11/2016
 

 

 

 

 

 

Le Cerveau. Un remaniement perpétuel.
 
 
Tout au long de la vie, le cerveau ne cesse de se reconfigurer sous l’effet des stimulations multiples de notre environnement.
Eric KANDEL ( chercheur américain ) a prouvé que plus des neurones connectés recevaient d’influx nerveux,plus leurs connexions devenaient durables.
A l’inverse, si la voie nerveuse n’est pas utilisée, il se produit une « dépression à long terme » qui affaiblit la synapse jusqu’à provoquer sa disparition.
 
Lorsque que l’on apprend un morceau de musique sur son instrument ou lorsque l’on répète une expression ( apprentissage d’une langue ),on génère des stimulations nerveuses régulières qui finissent par déclencher,en l’espace de quelques minutes ou de quelques heures à peine, la synthèse des protéines aboutissant à la création de nouvelles connexions.
 
Si seulement 10 % des connexions sont établies à la naissance,on comprendra alors le rôle primordial joué par l’éducation,la famille, la société , la culture…
 
                                             ( Sciences  et  Avenir ).

 
 
 
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